SCÈNE V. 157
mariage est une chose sainte et sacrée, et que c’est faire enhonnêtes gens, que de débuter par là.
MADELON.
Mon Dieu! que si tout le monde vous ressemblait, un ro-man serait bientôt fini ! La belle diose que ce serait, si d’abordCyrus épousait Maudane, et qu’Aronce de plain-pied fût mariéà délie Cl)!
GOReiBUS.
Que me vient conter celle-ci?
MADELON.
Mon père, voilà ma cousine qui vous dira aussi bien quemoi que le mariage ne doit jamais arriver qu’après les au-tres aventures. Il faut qu’un amant, pour être agréable, sachedébiter les beaux sentiments, pousser le doux, le tendre etle passionné (2), et que sa recherche soit dans les formes.Premièrement, il doit voir au temple, ou à la promenade, oudans quelque cérémonie publique, la personne dont il devientamoureux : ou bien être conduit fatalement chez elle par unparent ou un ami, et sortir de là tout rêveur et mélancoli-que. Il cache un temps sa passion à l’objet aimé, et cepen-dant lui rend plusieurs visites, où l’on ne manque jamais demettre sur le tapis une question galante qui exerce les espritsde l’assemblée. Le jour de la déclaration arrive, qui se doitfaire ordinairement dans une allée de quelque jardin, tandisque la compagnie s’est un peu éloignée : et cette déclarationest suivie d’un prompt courroux, qui paraît à notre rougeur,et qui, pour un temps, bannit l’amant de notre présence. En-suite il trouve moyen de nous apaiser, de nous accoutumerinsensiblement au discours de sa passion, et de tirer de nouscet aveu qui fait tant de peine. Après cela viennent les aven-tures, les rivaux qui se jettent à la traverse d’une inclinationétablie, les persécutions des pères, les jalousies conçues surde fausses apparences, les plaintes, les désespoirs, les enlè-vements , et ce qui s’ensuit. Yoilà comme les choses se trai-tent dans les belles manières, et ce sont des règles dont, enbonne galanterie, on ne saurait se dispenser Mais en venirde but en blanc à l’union conjugale, ne faire l’amour qu’enfaisant le contrat du mariage, et. prendre justement le romanpar la queue; encore un coup, mon père, il ne se peut rien
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(1) Cyrus etMandane, Clélieet Aronce, sont les principaux person-nages d'Artamène et de CléUe, romans alors très à la mode.
(2) Pousser le doux, le tendre et le passionné, expressions du temps,dont les auteurs contemporains offrent plusieurs exemples.
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