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LES PRÉCIEUSES RIDICULES,
CATIIOS.
Et à quels comédiens la donnerez-vous ?
MASCARILLE.
Belle demande ! Aux grands comédiens ; il n’y a qu’euxqui soient capables de faire valoir les choses ; les autres sontdes ignorants qui récitent comme l’on parle ; ils ne saventpas faire ronfler les vers, et s’arrêter au bel endroit : eh ! lemoyen de connaître où est le beau vers, si le comédien ne s’yarrête, et ne vous avertit par là qu’il faut faire le brouhaha ?
CATIIOS.
En effet, il y a manière de faire sentir aux auditeurs lesbeautés d’un ouvrage ; et les choses ne valent que ce qu’onles fait valoir.
MASCAUILI.E.
Que vous semble de ma petite oie (t)? La trouvez-vouscongruente à l’habit?
CATIIOS.
Tout à fait.
MASCARILIÆ.
Le ruban en est bien choisi.
MADELON.
Furieusement bien. C’est Perdrigeon tout pur (2.)
MASCARILLE.
Que dites-vous de mes canons (3) ?
MADELON.
Ils ont tout à fait bon air.
MASCARILLE.
Je puis me vanter au moins qu’ils ont un grand quartierde plus que tous ceux qu’on fait.
MADELON.
Il faut avouer que je n’ai jamais vu porter si haut l’élégance3e l’ajustement.
MASCARILLE.
Attachez un peu sur ces gants la réflexion de votre odorat.
(1) La petite oie se disait alors des rubans, des plumes et des différentesgarnitures qui ornaient l’habit, le chapeau, le nœud de l’épée, les gants,les bas et les souliers. ( B.)
(2) C’est Perdrigeon tout [pur. —Perdrigeon était le marchand envogue qui fournissait les gens du bel air. Il ne faut pas confondre ce motavec le nom de la belle couleur violette qui est emprunté d’une prunenommée perdrigon-
(3) Les canons étaient un cercle d’étoffe large, et souvent orné dedentelles, qu’on attachait au-dessous du genou, et qui couvrait la moitiéde la jambe. Les importants se rendaient ridicules par l’ampleur déme-surée de leurs canons. Voilà pourquoi ceux de Mascarille ont un granoquartier de plus que ceux qu’on fait. (E.