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Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
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ACTE I, SCÈNE I.

J’y suis assez modeste; et bien qu’aux occurrencesJe puisse condamner certaines tolérances,

Que mon dessein ne soit de souffrir nullementCe que quelques maris souffrent paisiblement,

Pourtant je n’ai jamais affecté de le dire;

Car enfin il faut craindre un revers de satire,

Et l’on ne doit jamais jurer sur de tels casDe ce qu’on pourra faire, ou bien ne faire pas.

Ainsi, quand à mon front, par un sort qui tout mène ,

Il serait arrivé quelque disgrâce humaine,

Après mon procédé, je suis presque certainQu’on se contentera de s’en rire sous main :

Et peut-être qu’encor j’aurai cet avantage,

Que quelques bonnes gens diront : Que c’est dommage !Mais de vous, cher compère, il en est autrement ;

Je vous le dis encor, vous risquez diablement.

Comme sur les maris accusés de souffranceDe tout temps votre langue a daubé (1) d’importance,

Qu’on vous a vu contre eux un diable déchaîné,

Vous devez marcher droit pour n’être point berné ;

Et, s’il faut que sur vous on ait la moindre prise,

Gare qu’aux carrefours on ne vous tvmpanise,

Et...

ARNOLPIIE.

Mon Dieu ! notre ami, ne vous tourmentez point.

Bien huppé qui pourra m’attraper sur ce point.

Je sais les tours rusés et les subtiles tramesDont pour nous en planter savent user les femmes,

Et comme on est dupé par leurs dextérités.

Contre cet accident j’ai pris mes sûretés ;

Et celle que j’épouse a toute l’innocenceQui peut sauver mon front de maligne influence.

CHRYSALDE.

Et que prétendez-vous qu’une sotte, en un mot...

ARNOLPHE.

Epouser une sotte est pour n’être point sot.

Je crois, en bon chrétien, votre moitié fort sage;

Mais une femme habile est un mauvais présage :

Et je sais ce qu’il coûte à de certaines gensPour avoir pris les leurs avec trop de talents.

(i) Dauber est un vieux mot qui signifiait autrefois battre sur le dos.il ne s’emploie plus aujourd’hui que dans le sens figuré, et se prend pourmédire de quelqu’un, le railler, parce qu’alors on le frappe à coups delangue. (MénJ