PRÉFACE.
Bien des gens ont frondé d’abord cette comédie; mais lesrieurs ont été pour elle, et tout le mal qu’on en a pu diran’a pu faire qu’elle n’ait eu un succès dont je me contente.
Je sais qu’on attend de moi dans cette impression quelquepréface qui réponde aux censeurs, et rende raison de monouvrage; et sans doute que je suis assez redevable à toutesles personnes qui lui ont donné leur approbation, pour mecroire obligé de défendre leur jugement contre celui des au-tres ; mais il se trouve qu’une grande partie des choses quej’aurais à dire sur ce sujet est déjà dans une dissertation quej’ai faite en dialogue, et dont je ne sais encore ce que je ferai.
L’idée de ce dialogue , ou , si l’on veut, de cette petitecomédie ( i ), me vint après les deux ou trois premières re-présentations de ma pièce.
Je la dis, cette idée, dans une maison où je me trouvai unsoir; et d’abord une personne de qualité, .dont l’esprit estassez connu dans le monde (2) , et qui me fait l’honneur dem’aimer, trouva le projet assez à son gré, non-seulementpour mo solliciter d’y mettre la main, mais encore pour l’ymettre lui-même ; et je fus étonné que deux jours après il memontra toute l’affaire exécutée d’une manière à la véritéI beaucoup plus galante et plus spirituelle que je ne puis faire,mais où je trouvai des choses trop avantageuses pour moi;et j’eus peur que, si je produisais cet ouvrage sur notrethéâtre, on ne m’accusât d’abord d’avoir mendié les louangesqu’on m’y donnait. Cependant cela m’empêcha, par quelqueconsidération, d’achever ce que j’avais commencé. Mais tantde gens me pressent tous les jours de le faire, que je ne saisce qui en sera ; et cette incertitude est cause que je ne metspoint dans cette préface ce qu’on verra dans la Critique, encas que je me résolve à la faire paraître. S’il faut que celasoit, je le dis encore, ce sera seulement pour venger le pu-blic du chagrin délicat de certaines gens; car, pour moi, jem’en tiens assez vengé par la réussite de ma comédie; et jesouhaite que toutes celles que je pourrai faire soient traitéespar eux comme celle-ci, pourvu quelle reste suive de même.
(1) I.a Critique de l'École des femmes , jouée le i er juin ibgô.
(2) Cette personne de qualité était l’abbé Dubuisson , grand intro-ducteur des ruelles. Il est probable que sa pièce est la môme qui futimprimée sous le titre de Panégyrique de l’École des femmes.