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Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
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L’ÉCOLE DES FEMMES,

ARNOLPHE.

La vérité passe encor mon récit.

Dans ses simplicités à tous coups je l'admire,

Et parfois elle en dit dont je pâme de rire.

L’autre jour ( pourrait-on se le persuader ? ),

Elle était fort en peine, et me vint demander,

Avec une innocence à nulle autre pareille,

Si les enfants qu’on fait se faisaient par l’oreille.

CIIRYSALDE.

Je me réjouis fort, seigneur Arnolphe...

ARNOLPHE.

Bon !

Me voulez-vous toujours appeler de ce nom ?

CIIRYSALDE.

Ah ! malgré que j’en aie, il me vient à la bouche,

Et jamais je ne songe à monsieur de la Souche.

Qui diable vous a fait aussi vous aviser,

A quarante-deux ans, de vous débaptiser,

Et d’un vieux tronc pourri de votre métairieVous faire dans le monde un nom de seigneurie?

ARNOLPHE.

Outre que la maison par ce nom se connaît,

La Souche plus qu’Arnolphe à mes oreilles plaît (1).

CIIRYSALDE.

Quel abus de quitter le vrai nom de ses pères,

Pour en vouloir prendre un bâti sur des chimères !

De la plupart des gens c’est la démangeaison ;

Et, sans vous embrasser dans la comparaison,

Je sais un paysan qu’on appelait Gros-Pierre,

Qui, n’ayant pour tout bien qu’un seul quartier de terre,

Y fit tout à l’entour faire un fossé bourbeux,

Et de monsieur de nie en prit le nom pompeux.

ARNOLPHE.

Vous pourriez vous passer d’exemples de la sorte.

Mais enfin de la Souche est le nom que je porte :

(i) Dans les fabliaux du douzième et du treizième siècle, on rencontresouvent des plaisanteries sur le nom d’Arnolphe ; et toutes ces plaisan-teries prouvent que nos aïeux avaient fait de saint Arnolphe le patrondes maris trompés : on disait même proverbialement d’un mari dont lafemme avait un galant, qu’il devait une chandelle à saint Arnolphe.La répugnance d’un homme déjà mûr, et prêt à se marier, pour unnom de si mauvais présage, n’a donc rien que de très-naturel. Si Molièren’a point indiqué la cause de cette répugnance, c’est que, de son temps,le proverbe quiservait à l’intelligence de la pièce en faisait ressortir lesintentions comiques.