FABLES
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Racan commence ainfi : dites-moi, je vous prie,Vous qui devez fçavoir les chofes de la vie,
Qui par tous fes degrés avez déjà pafle,
Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé;
A quoi me réfoudrai-je? Il eft temps que j’y penfe.Vous connoiffez mon bien, mon talent, ma naiflance.Dois-je dans la province établir mon féjour?
Prendre emploi dans l’Armée, ou bien charge à laCoiir?Tout au monde eft mêlé d’amertume «St de charmes:
La Guerre a fes douceurs, l’Hymen a fes alarmes.
Si je fuivois mon goût, je fçaurois où buter;
Mais j’ai les miens, la Cour, le peuple à contenter,Malherbe là - deflus : contenter tout le monde IEcoutez ce récit avant que je réponde.
J’ai lû dans quelque endroit, qu’un Meunier & fon fils,L’un vieillard, l’autre enfant, non pas des plus petits,Mais garçon de quinze ans, fi j’ai bonne mémoire,Alloient vendre leur Ane un certain jour de foire.
Afin qu’il fut plus frais «St de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le fufpendit:
Puis cet homme & fon fils le portent comme un luftre,Pauvres gens, idiots, couple ignorant & ruftre !
Le premier qui le vit, de rire s’éclata.
Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là?
Le plus Ane des trois n’eft pas celui qu’on penfe.
Le Meûaier, à ces mots, connoît fon ignorance.