98 LE PHILOSOPHE
le remplit , à la fois, de fraïeur & de compasíìon.
Voilà ce que peut fur nous le simple mélan-ge des ombres & de la lumière : Mais que n'ypeut point ausiì la parole? Pour en juger, l'onn’a qu’à jetter les yeux fur les portraits d’un bonAuteur. Prenons, si l'on veut, Salujìe. II peintCati/ina de la même maniéré , à peu près, queLotus a été peint par Mr. Le Brun. Voici son La-tin : CATILINA vero longe a fuis inter bojìium Ca~davera repertus efl , paululum etimn spirans , ferocita-temque animi quam vivus habuerat in vultu retinens.C'est-à dire en François , ,, Catilìna fut trouvé
„ loin de fes gens , parmi les Corps morts de„ fes Ennemis. II avoit encore quelque souffle„ & confervoit fur son visage la férocité d’efprit„ qu’il avoit eu pendant la vie " Vous voler,en ce peu dé mots, une expression forte & naï-ve de fa vie & de fes actions. Si le Peintre, &l'Historien peuvent tant faire par les couleurs, &par les paroles , que ne peut-on point attendred'un Poète habile, dont les Portraits font animéspar la personne, les mouvemens, les regards, &l'adrelfe d’un savant Acteur ? Si les choses qui nefont que peintes, ou que récitées, font tant d’im-preísion fur l’esprit , que n’y feroient point-deschoses qui nous sont rendues comme présentes ,
& qui fe passent en quelque façon sous nos yeuxpar la représentation.
Eugene a fini ce discours en montrant que l'onpeut faire un usage excellent du Théâtre ; que c'estun moïen également agréable & facile de donneraux gens de qualité de la politesse & des fentimens
d’hon-