NOUVELLISTE. Art. XI. I2s
Notre Poete a vû souvent arriver qu’une Con-versation , qui commence par des matières graves ,finit d’une maniéré fort libertine. Par cette idéequ’il a bien suivie, il a sait en sorte que les mou.vemens extatiques de l’aimable Bignall , n’ont laissédans l’Assemblée aucune teinture de superstition.II a eu l’ardfice d’en faire en même tems uneSoeur laie & une Prophetesse , & l’on voit ainsila même personne jouer tour à tour le rolle d’u-ne Sainte, & celui d’une Femme du monde.
Mon Ami travaille encore à une autre Piècequi sera prête pour l’Hyver prochain; il l’intitu-lera , les Poètes Modernes. C’est une autre especeà’Enthousiastes dont l’inspiration n’est pas souventmoins suspecte que celle des premiers. Quoiqu’iien soit, l’Auteur prépare, pour cette Pièce à ve-nir, sept Chansons, & plusieurs Intermèdes, qu’ilnomme des Ambigus, & que l’on ne peut guerenommer autrement. Mr. D’Urfey écrit ordinai-rement des Comédies Politiques, & s’est rendu fortnécessaire à l’Etat par cet endroit. Tel fut le pre-mier usage que l’on fit autrefois du Théâtre dansla République d ’ Athènes. On s’y moquoit des genspour les corriger , & l’on donnoit en riant desavis de la derniere importance.
II ne fera pas inutile d’avertir que la représen-tation des Prophètes Modernes , qui se fera pour leprofit du Poète , doit être accompagnée de deuxDanses nouvelles qui font toutes de son inventi-on. Le dessein en est curieux, l’execution n’enpourra qu’ètre fort utile au Public. Dans la pre-mière, on introduit le Pouvoir Despotique. C’est unHomme de fort haute taille, & qui porte un grand
chapeau