NOUVELLISTE. Art. KVII. igr
agréablement. Cette adroite flaterie ne peut man-quer de plaire, & la surprise même contribue àla rendre piquante. On passe avec beaucoup deplaisir de la crainte d’une injure au sentiment d’u-ne douceur, & c'est une double satisfaction de trou-ver » contre son attente, un Ami plein d’estime,où L'on ne voioit d’abord qu’un Ennemi pleinde mépris.
Cette ingénieuse tromperie qui répand la joiedans le cœur après savoir allàrmé, ne peut êtreménagée avec plus de délicatesse qu’elle le fut patun Grand Seigneur Anglois. Un homme de mé-rite en avoit reçu de grandes faveurs , présens ,Emplois, protection, & tout cela fans qu’il fût lasource de ces bienfaits, ni le nopa mème de sonBienfaiteur. L'aïant enfin appris , il craignit depalier pour ingrat s’il n’alloit pas au moins lui ren-dre ses devoirs. II y alla. II commença son com-pliment/ & à peine eut il prononcé le mot de re-connaissance en b égalant , que le Lord se tournabrusquement d’pn autre côté, & lui dit en le laissant, (a) Monsieur , vous ne me devez point de re-mercîment > car f favois connu en Angleterre quel-qifun qui ekt mérité plus que vous les grâces dont vousparlez , vous ne les auriez pas obtenues.
M 3 - On
(a) On ne trouve pas la nicnie délicatesse de sentimensdans le Cardinal de Richelieu. Il avoit rétabli une pen-sion de 2,000 livres à Mr, Vaugelas pour que ce derniertravaillât au Dictionaire de l’Acadcmie. Vaugelas allantchez le Cardinal, " celui-ci le volant entrer dans fa cham-
„ bre.& s’adressant à lui, Eh bien Monsieur, lui dit-
„ il, vous n’oubliérez pas du moins dans le Dictionaire„ le mot de Pension. PELlSSON , Hist. de l’Acad. pag,104. Edit. de la Haye 1688-