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Le philosophe nouvelliste / traduit de l'anglois de Mr. Steele, par A.D.L.C. suivant l'edition d'Amsterdam de 1735
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LE PHILOSOPHE

t, recueillir le soir dans votre compagnie. Je n»,, goûte quavec vous ce plaisir de lAmitié qui consiste à nous dire librement ce que nous pen- sons lune de lautre , & quelquefois auíîi ce que nous pensons de nous mêmes. Si je vous contois les meurtres que mes yeux ont fait de-,, puis dix jours , je vous paroîtrois un Monstre trop dangereux pour être souffert en Chrétien-. Je me bornerai donc à vous entretenir de mes principales conquêtes. Je mets dans ce nombre Mrs. Frisi ^ & Friland qui se sont atta- chés à moi depuis votre départ, fans parler de Mr. Cinthio qui étoit à mon service avant que vous meuisiez quittée. Oserai-je vous avouer,, ma foibleíse '{ Le premier commence à me plai- re. Ce nest à la vérité, quun petit Fat ; mais la meilleure pâte dhomme quil y ait au mon- de. Je le rencontre par tout fous mes pas , prêt à recevoir mes ordres, & je sens bien quà quelque heure il faudra que je me rende à ses assiduités. Le Père de Friland & le mien font à faire marché fans men rien dire , & Cinthio se borne au langage des yeux, fans approcher ni de moi, ni de mes Amies, ni de mes Fil- les, ni de mon petit Chien. On diroìt quil veut me prendre comme on dit que le Serpent à sonnettes attrape lEcureuil qu 3 il attire dans,, fa gueule par la vertu magique de ses regards. Friland me demande, parce quil croit avoir asi fez de bien pour me valoir. Cinthio me recher-,, che, parce quil ne connoît rien qui me vaille. Ainsi lun ne me fauroit aucun gré du présent de ma main quil pense mériter j & lautre lé-