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LE PHILOSOPHE
t, recueillir le soir dans votre compagnie. Je n»,, goûte qu’avec vous ce plaisir de l’Amitié qui„ consiste à nous dire librement ce que nous pen-„ sons l’une de l’autre , & quelquefois auíîi ce„ que nous pensons de nous mêmes. Si je vous„ contois les meurtres que mes yeux ont fait de-,, puis dix jours , je vous paroîtrois un Monstre„ trop dangereux pour être souffert en Chrétien-„ té. Je me bornerai donc à vous entretenir de„ mes principales conquêtes. Je mets dans ce„ nombre Mrs. Frisi ^ & Friland qui se sont atta-„ chés à moi depuis votre départ, fans parler de„ Mr. Cinthio qui étoit à mon service avant que„ vous m’euisiez quittée. Oserai-je vous avouer,, ma foibleíse '{ Le premier commence à me plai-„ re. Ce n’est à la vérité, qu’un petit Fat ; mais„ la meilleure pâte d’homme qu’il y ait au mon-„ de. Je le rencontre par tout fous mes pas ,„ prêt à recevoir mes ordres, & je sens bien qu’à„ quelque heure il faudra que je me rende à ses„ assiduités. Le Père de Friland & le mien font„ à faire marché fans m’en rien dire , & Cinthio„ se borne au langage des yeux, fans approcher„ ni de moi, ni de mes Amies, ni de mes Fil-„ les, ni de mon petit Chien. On diroìt qu’il„ veut me prendre comme on dit que le Serpent„ à sonnettes attrape l’Ecureuil qu 3 il attire dans,, fa gueule par la vertu magique de ses regards.„ Friland me demande, parce qu’il croit avoir asi„ fez de bien pour me valoir. Cinthio me recher-,, che, parce qu’il ne connoît rien qui me vaille.„ Ainsi l’un ne me fauroit aucun gré du présent„ de ma main qu’il pense mériter j & l’autre l’é-