282
LE PHILOSOPHE
„ armes , des années entieres à la chasse des Gé-„ ants; qu’il afrontát courageusement les avantu-„ res les plus périlleuses, & qu’il souffrit le froid„ & le chaud, la faim & la soif à l’honneur de sa„ Dame. Mais depuis la mort de Dom Qnicbote ,„ & que la race des Dragons enchantés s’est é-,, teinte , il a fallu que les Héros modernes se,, soient créé de nouveaux Monstres pour exer-,, cer leur courage, n’ayant plus que ce moyen„ de prouver au beau Sexe qu’iis ne le cèdent.„ ni en honneur , ni en amour aux Chevaliers d'--u-,, trefois. II y a pourtant cette différence du vieux„ tems au nôtre , que les Monstres anciens ne,, donnoient de la tablature qu’aux gens qui les„ alloient chercher dans les Bois & dans les Dé-„ sertsj au lieu que ceux de nos jours font ad-„ mis & reçus familièrement dans toutes les Cours„ & dans toutes les Villes de 1 ’ Europe, à l'excep-,, tion de la France. Par-tout ailleurs ils font si„ communs, que l’on ne peut presque trouver,, de Société si civilisée qu'on n’y coure risque de,, la vie, les Hommes les mieux nés & les plus p o-„ lis ne parodiant point en public qu’ils n’en„ aient quelqu’un à leurs côtés. J’ai pensé sur,, ce sujet d’autres choses que je vous comtnu-„ niquerai dans la fuite, si ce que je viens de vous„ écrire vous donne bonne opinion du reste. Je„ fuis tout à vous, Mon cher Cousin, &c.
Je crois que mon Parent a touché à la sourcedu mal, & que l’on ne doit imputer qu’au pou-voir de la Coutume la contradiction où nous som-mes si souvent avec nous-mèmes. Disons pour-tant que la tyrannie des Dames est un peu trop