Buch 
Le philosophe nouvelliste / traduit de l'anglois de Mr. Steele, par A.D.L.C. suivant l'edition d'Amsterdam de 1735
Entstehung
Seite
525
JPEG-Download
 

LE PHILOSOPHE

i<j6

en continuant de lui adresser la parole, que vousn’apprîtes pas tout d'un coup à marcher. Ce ne futque par degrés , & peu à peu que vous aquites la for-ce du Mouvement que vous pojfedez à cette heure. Ilen doit être de même des yeux. Le transport , ouvous êtes d'en avoir reçu ['usage est trop violent. Ilpourroit aujfi vous être funeste. Votre vue * ft"est pasencore astez forte pour soutenir fans, danger , les vivesimpr est ions de la Lumière. Ces imprejfions même nepeuvent que vous être un peu douloureuses. Bgfolvez-vous à la perdre pour quelque tems afn de la pouvoirconserver. Ce fut avec bien de la répugnance qu’ilse laissa bander les yeux. Quand il y eut consen-ti, la chose fut faite, & on le mit dans une Cham-bre obscure, où on le tint jusqu’à ce qu’on pûtlui donner l’entiere liberté des Organes; ce quine devoit se faire qu’avec les précautions requi-ses.

Pendant son nouvel aveuglement, il ne cessade faire les plus tristes lamentations. II faisoitd’ameres plaintes de son Etat. II accusoit ses Pa-rens de s’ètre joué d’un malheureux , & d’avoirusé d’cnchantement ou pour lui faire croire qu’ilvoyoit, ou pour lui faire croire qu’il ne voyoitpoint. Oui , difoit-il dans fa douleur, st ce quim'est arrivé n'est qu'illusion , fi le bonheur , dont f aijoui pendant quelques momens , ne revient plus , j’enperdrai Iesprit , fi tant est même que je ne Paye pasdeja perdu. Plus calme en d’autres tems, il tâchoitde se rappeller le nom de disserentes personnesqu’il avòit vues après l’operation, & vous l’en-tendiez agréablement inventer des termes pour di-re ce qu’il avoit remarqué de nouveau durant cecourt intervalle. ’ Le