NOUVELLISTE.^. XXXIV. 291
„ dit-iil à Godemer, de perdre le reJpeB envers vo-„ ire. Maître, qui peut vous faire aller comme il vou-„ dr a , il ne faut pas abuser de fa bonté. Ainfi je,, vous condamne à monter derriere son Carojse jufi,, qu'mu bout de la Prairie, & là , vous lui deman-„ deré:z fort honnêtement la permijfion d'y rentrer, je„ fuis fùr qu'il vous la dúnnera. Parbleu, s’ecria„ Chapelle, voila un Jugement qui vous fera hon-„ rieur dans le Monde. Tenez, Molière, vous n'a-„ vez jamais donné une marque d’esprit fi brillante .,, Oh bien! ajouta-t-il, je fais grâce entiere à ce Ma-„ raiit-là en faveur de P Equité avec laquelle vous ve~,, nez de nous juger. Ma foi , Molière dit - il en-„ core, je vous fuis obligé ; car cette ajfaire là nient -,, barr.ijfoit-, elle avoit fa difficulté. Adieu, mon cher„ Ami, tu juges mieux qu'homme de France”.
L’Historien qui m’a fourni les Particularitésprécédentes , ajoute au sujet de cette derniere ,des paroles qui me paroisserit trop remarquables,pour n’ètre pas auísi rapportées. „ Molière, dit-il,,, étant seul avec Baron, prit occasion de lui dire„ que le mérite de Chapelle étoit éffacé quand il„ se trouvoit dans des situa'-'ons auísi defagréa-,, blés que celle où il venc . de le voir, qu’il é-„ toit bien fâcheux qu’une personne qui avoit„ autant d’esprit que lui, eût si peu de retenue,„ & qu’il aimeroit beaucoup mieux avoir plus* de conduite pour se satisfaire, que tant de bril-„ lant pour faire plaisir aux autres. Je ne vois„ point, ajouta Molière , de pajfion plus indigne d'un„ galant-Homme que celle du vin. Chapelle ejl mon„ Ami ; mais ce malheureux penchant m'òte tous les„ agrément de son Amitié , je n'ose lui rien confier ,
Ta 7, fms