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Le philosophe nouvelliste / traduit de l'anglois de Mr. Steele, par A.D.L.C. suivant l'edition d'Amsterdam de 1735
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LE PHILOSOPHE

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on-dit, ou plutôt que n’auroit-on point dit, sil’exemple contagieux de ces Débauchés , m’eûtentraîné dans leur débauche , & qu’au lieu deles corriger , ils eussent pu me corrompre ? IIy a eu, dit-o n , des Saints qui font allez auxMaisons de Prostitution publique pour y rappel-ler à la Vertu, par leurs Admonitions, des Fem-mes perdues. Je veux bien croire qu’ils- sorti-rent toujours avec honneur d’une entreprise sitéméraire, & qu’il s ne se brûlèrent jamais au feuqu’ils voulurent éteindre. Mais à la vérité je medéfie un peu de moi-mème, & je n’ai que tropéprouvé, dans certains momens de ma vie, qu’ilest beaucoup plus aisé de se laisser seduire soi-même que de retirer les autres de la séduction.Le mal se gagne sans que l’on s’en apperçoive ,& la fréquentation des Buveurs a cela de funesteque leur Paillon fe communique , lors mêmeque l’on nes’y accommode, que pour la combattre.

Un essai, dont je fus témoin, dans ma grandejeunesse me frappa si fort, qu’il me semble en-core aujourd’hui que la chose se passe actuelle-ment sous mes yeux. Le Lazard m’avoit fait con-noitre deux des plus grands Buveurs que l’onait vus dans nôtre Ile , & qui étoient bons Amis.Ils s’appelloient Damis & Dercylle , demeuroient àLondres , & y fáísoient grand négoce. Le derniernégligea si fort ses Affaires , qu’elles tomberentdans un délabrement qui ne lui permit plus deparoître dans la Capitale. II se retira dans un petitlieu de la Province, où je passois ordinairementles plus beaux Mois de l’année. Je le voyois rare-ment , & rarement en effet étoit-il visible. Malgré