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Tome premier. A - AKR.
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tnense quantité d’idées abstraites qui fontpresque toujours l’objet dè ses médita-tions & de son étude , & dont les termesqui les désignent composent presque tou-te la richesse des langues.

C’est au moyen de cette opération, quefans surcharger les langues de tous lesmots nécessaires pour égaler le nombredes individus, nous pouvons tous les dé-signer, & que, faus avoir une idée dechacun d’eux, nous nous les représen-tons tous; c’est par elle que saisissantles traits par lesquels les êtres se res-semblent, nous les avons rangés fousdes classes dont les limites font mar-quées; delà les genres & les especes di-verses , qui nous facilitent si fort l’é-tude & la connoissanee de ce nombreimmense de choies -que la nature pré-sente à nos regards; par-là nous éta-blissons entre nos idées des rapports quinons représentent les rapports des êtresentr’eux, & leur enchaînement; noustransportons dans nos idées Tordre quirégné dans la nature ; nous ne couronsplus le risque de nous perdre dans lafoule innombrable des êtres ; ils se pré-sentent à nous chacun dans fou rang &dans Tordre convenable, pour que nousles distinguions. Sans les classifications,que seroit toute Thistoire naturelle? Etcomment, sans Y abstraction métaphysi-que, aurions-nous pu ranger nos idéespar classes? Comment aurions-nous dis-tingué faus elle ces traits communs auxêtres de même genre ou de même espece ?Au lieu que par le secours de Y abstraction,nous pouvons nous représenter distincte-ment tout le spectacle de la nature, cha-que genre, chaque classe, chaque especesupérieure & inférieure, chaque division& subdivision; chaque idée distincteayant un nom connu, que la mémoire re-tient aisément, nous pouvons fans peineparler avec clarté de diverses choses,dont no us n’aurions jamais pu fans con-fusion faire le sujet de nos conversa-tions, ni T objet de nos jugemens. SansY abstraction métaphysique, nous ne pou-vons juger que des individus que nousconnoislons ; mais ayant généralisé nosidées, nous pouvons juger de tous les in-dividus de Tespece, pourvu que nousne prononcions à leur égard que fur lesidées distinctes que nous cn avons ac-quises.

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Quelque avantage cependant que noustirions de la capacité d’abstraire ; quel-que supériorité que nous avions à çetégard fur les brutes , ri’onhlions pasd'uncôté que cette faculté ne nous est néces-saire qu’à cause des bornes de nos con-noiífauces; &del’autre, que l’abiis qu’ileit si facile d’en faire, est pour nous unesource funeste de disputes vaines & d’er-reurs dangereuses.

Incapables de voir d’un coup-d’œil& distinctement toutes les faces d’unsujet , toutes les idées partielles ren-fermées dans Tidée totale , il a fallu ,pour en acquérir la connoissanee, le dé-composer & en séparer chaque idée parT abstraction physique; trop bornés pourvoir & examiner tous les êtres, tousles faits individuels, nous avons dûnous restreindre à Tétudc d’un très-pe-tit nombre, d’après lesquels nous ju-geons de tous les autres que nouscroyons leur être semblables : notre mé-moire étant trop foible pour rappellertoutes les circonstances particulières, &les modifications propres à chaque in-dividu , & tous les caractères qui lesdistinguent les uns des autres, nous lesretranchons par Y abstraction métaphysi-que ; nous les laissons à part commes’ils n’existoient pas, & nous nous bor-nons à ce qui nous a paru être essen-tiel & commun à chacun d eux. Rien detel n’est nécessaire, & n’a lieu dans Tin-telligence suprême ; fa connoissanee infi-nie comprend tous les individus ; il nelui est pas plus difficile de pensera touscn même temps, que de ne penser qu’àun seul, de voir toutes les faces d’iin su-jet, que de n’en envisager qn’une ioule ;au lieu que la capacité de notre esprit estremplie ^ non seulement lorsque nouspensons à un seul objet, mais même lors-que nous ne lc considérons que par unseul endroit.

Des notions qui partent d’unc telleorigine, ne peuvent ctre que défectueu-ses, & vraisemblablement il y aura dudanger à nous en servir sans précaution ;Texpérience ne nous cn a que trop sou-vent convaincus, & il est du devoir d’imphilosophe de sc tenir en garde contre leserreurs qui peuvent cn naître. Nous al-lons parcourir en peu de mots les diffé-rais piégés que nous tend Tagrémentdes idées universelles.