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Tome premier. A - AKR.
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x*. J,'abstraction métaphysique , engénéralisant nos idées, a donne' plusd’etendue à nos connoissances, & a ou-vert un champ plus vaste à nos médi-tations. H est flatteur pour notre espritde pouvoir, au moyen des classifica-tions fous lesquelles nous rangeons tousJes êtres, embrasser !a nature entiere :lions en sommes, ou au n-,oins nous enynroissons plus íàvans, plus profonds :nous faisons, d’après ces idées univer-selles , des réglés générales en plus pe-tit nombre, nous portons des jugemensplus étendus, notre paresse, ou plutôtla Foible portée de notre efpric en estflattée; mais eu nous applaudissant denotre science spéculative, nous sommesforcés à chaque pas de déplorer notrepeu d’habileté dans la pratique. Eten-dre nos idées générales n’est pas per-fectionner nos idées individuelles, & ce-pendant ce n’est jamais d’une maniérégénérale & universelle que nous agis-sons, mais toujours dans les cas parti-culiers, & envers tel ou tel individu.•Or, ces traits parti ailiers, ces diffé-rences propres, ces circonstances indi-viduelles, dont nous faisons abstraílionpour généraliser nos idées, modifient siconsidérablement & de tant de façonsdifférentes dans chaque individu, l’ob-jet de l’idée métaphysique que nousnous sommes faite par Vabstraction, quece qui étoit vrai à l’égard de l’idée gé-nérale , ne l’est plus à l’égard de l’indi-vidn. Si, pour juger sainement d’unechose dans chaque cas particulier, ilfaut la ccnnoître fous toutes ses faces ;fl, pour réussir à produire tel effet dé-siré sur tel individu , il Faut avoir uneidée la plus exacte possible du sujet surlequel on veut agir, L des moyens quel’on emploie, on devra convenir que leplus habile dans chaque genre d’occu-pation, & dans chaque cas particulier,ne fera pas celui quii aura le plus d’i-dées abstraites métaphysiques, & lesnotions les plus unive rselles, mais celuiqui aura le plus d’idúcs distinctes indi-viduelles. Delà vient,, par exemple, quetant de savans médecins, dont les ju-gemens généraux font des oracles, &qui dans la spéculation l’emportent surtous les autres, ont fi peu de succès &montrent une capacit ;é an dessous d u mé-diocre dans la cure de s maladies pour les-

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quelles les particuliers les consultent.Delà tant de systèmes de législation, d’é-dueation , d’économie, qui, auíli long-temps qne l’on s’en tient aux idées géné-rales, paroiffent bien lies & infaillibles,qui cepcn ìant, lorfqu’on vient à en fairel’application aux cas particuliers, fontabsolument impraticab’es. Delà tant demachines inventées avec esprit, mais qni,polir avoir été construites d’après desidées purement métaphvflques, ont prou-vé ce que nous avons dit, que ce ne fontpas les idées li/íverselles, mais le plusgrand nombre d’idées distinctes, indivi-duelles, qni font l’homme habile danschaque genre d’occupation, dans chaquecas particulier. Les défauts dont nousavons parié viennent de ce que l’on ne sesouvient pas, comme on le devroit, i°.que les abstractions ne sont que dans no-tre esprit & jamais dans la nature ; qu’iln’exiite point d’être métaphysique, aucunobjet général, mais feulement des indi-vidus; que la nature n’agit jamais parclasse, mais par individus , Loue l’idéeabstraite universelle est, dans chacun desêtres, modifiée par tant de circonstancespropres, que l’on ne saura établir aucuneréglé générale d’une application sûre, furla feule idée universelle Formée par Vabs-traction métaphysique. On oublie , î*.que quelque profondément que l’on aitmédité fur les êtres d’une même efpece,quelque foin qu’on ait apporté à rassem-bler dans l’idée universelle tous les traitsqu’on suppose leur être essentiels, &qu’en voit leur être communs à tous,jamais cette idée universelle ne nousreprésentera leur essence, & par consé-quent ne nous mettra en droit dc direíans témérité : Je ne vois rien de plusque cela dans mon idée, donc >1 n’y arien de plus que cela dans les êtres qn’el-le doit me représenter, donc tels êtres nepeuvent produire nu souffrir que tels ef-fets précisément. 3°. Que c’est moinspar rapport à leur nature réelle , que parrapport à nos connoissances, que nousrangeons les êtres dans différentes classessubordonnées ; un «il plus perçant, dessens plus délicats, pins de pénétrationdansl’csprit, nous feroient appercevoir,entre des êtres que nous croyons sembla-bles, des différences qni nous oblige-roient à les ranger dans d’autres classesdistinctes de toutes les autres : nous ver-