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fur les particuliers & fur le public. 11nie semble que ce puissant motif a étéexpressément imaginé pour le bien desétats. S’il falloir, à la vérité, former leplan d’une société civile qui fût entiere-ment composée d'hommes sages, ce gen-re destitution ne seroit peut-être pasnécessaire : mais puisqu’en tous lieux lamultitude est volage, capricieuse, su-jette à des passons irrégutieres & à desressentimens violens & déraisonnables,il n’y a pas d’autre moyen de la retenirdans l’ordre, que la terreur des châti-mens futurs, & l’appareii pompeux quiaccompagne cette forte de fission. C’estpourquoi les anciens me paroissent avoiragi avec beaucoup de jugement & de pé-nétration, dans le choix des idées qu’ilsont inspirées au peuple concernant lesdieux & un état futur ; & le siécle pré-sent montre beaucoup d’iiidiscrétion , &lin grand manque de sens, lorsqu’ii tâ-che d’effacerces idées, qu’il encouragele peuple à les mépriser, & qu’il lui ôtele frein de la crainte. Qu'en réfulte-t-il ?En Grece, par exemple, pour ne parlerque d’une feule nation, rien n'est capa-ble d'engager ceux qui ont le manie-ment des deniers publics, à être fidèlesà leurs engagemens. Partni les Romains,au contraire, la feule religion rend la foidu ferment un garant fur de l’honneur& de la probité de ceux à qui l’on confieles sommes les plus considérables, soit4ans l’administration publique des af-faires, soit dans les ambassades étran-gères; Sc tandis qu’il est rare en d’a ti-tres pays de trouver un homme intégré& désintéressé qui puisse s’abstenir depiller le public, chez les Romains rienii’est plus rare que de trouver quelqu’uncoupable de ce crime „ . Ce passage mé-rite l’attention la plus sérieuse. Polybeétoit grec; & comme homme dc bien, ilaimoit tendrement sa patrie, dont l’an-cienne gloire & la vertu étoient alors furleur déclin, dans le sems que la prospé-rité de la république romaine étoit à soncomble. Pénétré du triste état de son pays& observant les effets de l'influence de lareligion fur l’esprit des Romains, il pro-fite de cette occasion pour donner une le-çon à tes compatriotes, & les instruire dece qu’il regardoit comme ia cause princi-pale de la ruine dont ils étoient menacés.f orne III, luit. II.
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Un certain libertinage d'esprit avoit in-fecté les premiers hommes del’état, &leur faisoit penser L débiter que lescraintes qu’infpire la religion ne font quedes visions & des superstitions ; ilscroyoient fans doute faire paraître par-làplus de pénétration que leurs ancêtres, &se tirer du niveau du commun du peuple.Polybe les avertit qu’ils ne doivent paschercher la cause de la décadence de laGrcee dans la mutabilité inévitable deschoses humaines, mais qu’ils doivent l’at-tríbuer à la corruption des moeurs intro-duite par le libertinage de l’esprit. Ce futcette corruption qui affoiblit & qui éner-va la Grece , & qui l’avoit, pour ainsidire, conquise; ensarte que les Romainsn’eurent qu’à en prendre possession.
Mais si Polybe eût vécu dans le sieclesuivant, il auroit pu adresser la méme le-çon aux Romains. L’efprit de libertina-ge, funeste avant-eoureur de la chute desétats, fit parmi eux de grands progrès enpeu de tems. La religion y dégénéra aupoint que César osa déclarer en plein sé-nat, avec une licence dant toute i’anti-quité ne fournit point d’exemple , quel’opiníon des peines & des récompensesd’une autre vie, étoit une notion fansfondement. C’étoit là un terrible prono-stic de la ruine prochaine de la républi»que.
L'efprít d’írréligíon fait tous les joursde nouveaux progrès; il avance à pas degéant, & gagne insensiblement tous lesesprits & toutes les conditions. Les phi-losophes modernes, les esprits forts meperuiettront-ilsde leur demander quel estle fruit qu'ils prétendent retirer de leurconduite ? Un d’eux, le célébré comte deShaftsbury, auffi fameux par son irréli-gion que par sa réputation de citoyen zé-lé, & dont l’idée étoit de substituer, dansle gouvernement du monde, la bienveil-lance à la créance d’un état futur,s'ex-prime ainsi dans fou style extraordinaire,„La conscience même , j’entens, dit-il,„celle qui est l’effet d’une discipline réli-„gieuse, ne fera fans la bienveillance„qu’une misérable figure. Elle pourra„pent être faire des prodiges parmi le„vulgaire, le diable & l’enfer peuvent,,faire effet fur des esprits de cet ordre,„iorsque la prison & la potence ne peu-vent rien; majs 1s caractère de ceux qui