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vitables de son système, car il s’est moquéde l’apparition des esprits , & il n’y apoint de philosophe qui ait moins dedroit de la nier : il doit reconnoître qnetout pense dans la nature , & que l’hom-me n’est point la plus éclairée & la plusintelligente modification de l'univers: ildoit donc admettre des démons. Quandon suppose qu’un esprit souverainementparfait a tiré les créatures du sein dunéant, sans y être déterminé par fa natu-re , mais par un choix libre de son bonplaisir, on peut nier qu’il y ait des anges.Si vous demandez pourquoi un tel créa-teur n’a point produit d’autres espritsque famé de l’homme , on répondra quetel a été son bon plaisir j fintfro rutioneyoluntas: vous ne pourrez opposer riende raisonnable à cette réponse, à moinsque vous ne prouviez le fait, c’est-à-dire,qu’il y a des anges. Mais quand on suppo-se que le Créateur n’a point agi libre-ment, qu'il a épuisé sans choix ni réglétoute l’étendue de la puissance, & que«Tailleurs la pensée est un de ses attri-buts , on est ridicule fi l’on soutient qu'iln’y a pas des démons. On doit croire qnela pensée du Créateur s’est modifiée, nonseulement dans le corps des hommes ,mais aulfi par tout l’univers, &qu’outreles animaux que nous connoissons, il yen a une infinité que nous ne connoissonspas , & qui nous surpassent en lumières& en malice, autant que nous surpassons,à cet égard, les chiens & les bœufs. Carce seroit la chose du monde la moins rai-sonnable , que d’aller s’imaginer quel’esprit de l’homme est la modification laplus parfaite qu’un Etre infini, agissantselon toute l’étendue de ses forces, a puproduire. Nous ne concevons nulle liai-son naturelle entre l’entendement & lecerveau ; c’est pourquoi nous devonscroire qu’une créature fans cerveau estauffi capable de penser qu’une créatureorganisée comme nous le sommes. Qu’est-ce donc qui a pu porter Spinosa à nier ceque l’on dit des esprits ? Pourquoi a-t-ilcru qu’il n’y a rien dans le monde quisoit capable d’exciter dans notre machinela vue d’un spectre , de faire du bruitdans une chambre, & de causer tous lesphénomènes magiques dont les livresfont mention? Est - ce qu’il a cru quepour produir» ces efsets ilfaudroit avoir
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tin corps auffi maífif que celui de l’hom-me , & qti’eu ce cas - là les dénions nepourroient pas subsister en l’air, ni entrerdans nos maisons, ni se dérober à nosyeux? Mais cette pensée seroit ridicule :la masse de chair dont nous sommes com-posés, est moins une aide qu’un obstacleà l’esprit & à sa force : j’entends la forceimmédiate , ou la faculté d’applìquer lesinstrumens les plus propres à la produc-tion des grands effets. C’est de cette fa-culté que naissent les actions les plus sur-prenantes de l’homme : mille & milleexemples le fout voir. Un ingénieur, pe-tit comme un nain , maigre, pâle, faitplus de choses que n’en feroient deuxmille sauvages plus forts que Milon. Unemachine animée , plus petite dix millefois qu’une fourmi, pourroit être pluscapable de produire de grands effetsqu’un éléphant : elle pourroit découvrirles parties insensibles des animaux & desplantes, aller se placer sur le siégé despremiers ressorts de notre cerveau , & youvrir des valvules , dont l’effet seroitque nous vissions des fantômes & enten-dissions du bruit. Si les médecins connois-soient les premíeres fibres & les premiè-res combinaisons des parties dans les vé-gétaux , dans les minéraux , dans les ani-maux , ils connoítroient auffi les instru-mens propres à les déranger , & ils pour-roient appliquer ces instrumens commeil seroit nécessaire pour produire de nou-veaux arrangeurens , qui convcrtiroientles viandes en poison & les poisonS enbonnes viandes. De tels médecins fe-roient fans comparaison plus habilesqu’Hippocrate ; & s’ils étoient assez pe-tits pour entrer dans le cerveau & dansles viscères , ils guériroient qui ils vou-droient, L ils causeroient auffi , quamlils voudroient, les plus étranges mala-dies qui se puissent voir. Tout se réduità cette question: est-ri possible qu’unemodification invisible ait plus de lumiè-res que l’homme & plus de méchanceté ?Si Spinosa prend la négative, il ignoreles conséquences de son hypothèse , &se conduit témérairement & sans prin-cipes.
S’il eut raisonné conséquemment, iln’eût pas auffi traité de chimérique lapeur des enfers. Qu’on croie tant qu’onvoudra que pet univers u’est point l'ou-
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