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naturellement avec la situation où l’on setrouve; Srqu’en conséquence les percep-tions qui font contraires, à cette situationne peuvent survenir , qu’auísi-tôt l’orjredes idées ne soit troublé. On peut re-marquer la même chose dans une supposi-tion toute différente ; si pendant le jour& au milieu du bruit je réfléchis fur unobjet , c’en fera assez pour me donnerune distraction : que la lumière ou lebruit cesse tout-à - coup, dans ce cas,comme dans le premier , les nouvellesperceptions que j’tprouve font tout - à-fait contraires à l’état où j’étoís aupara-vant, rimpreffion subite qui se fait enmoi , doit donc interrompre encore lasuite de mes idées.
Cette seconde expérience fait voir quela lumière & le bruit ne sont pas un ob-stacle à Yattention. Je crois même qu’ilne faudroitque de l’habitude pour en ti-rer de grands secours. II n’y a propre-ment que les révolutions inopinées quipuissent nous distraire. Je dis inopinées;car quels que soient les changemens quise font autour de nous , s’ils n’offientrien à quoi nous ne devions naturellementnous attendre , ils ne Font que nous ap-pliquer plus fortement à l'objet dontnous voulions nous occuper. Jamaisnous ne sommes plus occupés aux specta-cles , que lorfqu’ils font bien remplis :notre attention se renforce par l ’attentionvive & soutenue que nous voyons dansle grand nombre des spectateurs. Com-bien de choses différentes ne rencontre-t-on pas quelquefois dans une même cam-pagne ? Des coteaux abmiclans, des plai-nes arides, des rochers qui se perdentdansles nues , des bois où le bruit & lesilence , la lumière & les téucbres le suc-cèdent alternativement, fisc. Cependantles poètes éprouvent tous les jours quecette variété les inspire ; c’est qu’étantliéeavecles plus belles idées dont la poé-sie séparé, elle 11e peut manquer de lesréveiller. La vue , par exemple , d'1111coteau abondant , retrace le chant desoiseaux , le murmure des ruisseaux , lebonheur des bergers , leur vie douce &paisible, leurs amours, leur constance,leur fidélité , la pureté de leurs mœurs,■Êfc. Beaucoup d'autres exemples pour-roient prouver que l’hornme ne pense%u’autant qu’il emprunte des secours,
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soit des objets qui lui frappent les sens,soit de ceux dont i’imagination lui retra-cé les images.
II n’y a rien qui ne puisse nous aider àréfléchir, parce qu’iln’y a pointd’objetsauxquels nous n’avons le pouvoir de liernos idées, & qui par conséquent ne soientpropres à faciliter ['exercice de !a mé-moire & de rimaginatioii : mais toutçonsiste à savoir former ces liaisons con-formément au but qu’011 fe propose, &aux circonstances où i'011 fe trouve. Aveccette adresse il ne fera point nécessaire(savoir, comme quelques philosophes,la précaution de fe retirer dans des solitu-des ou de s’enfermer dans un caveau,pour y méditer à h sombre lueur d’unelampe. Ni le jour ni les ténèbres, ni lebruit ni le silence , rien ne peut mettreobstacle à l'efprit d’un homme qui faitpenser.
Que prétendoit Démocrite en fe cre-vant les yeux pour avoir le plaisir d’étu-dier fans aucune distraction la physique ?Croyoit-il par là perfectionner ses cou-noistances ? Tous ces philosophes médi-tatifs font - ils plus sages, qui fe flattentde pouvoir (fautant mieux connoitre l’ar-r .ingéniant de l’univers & de ses parties ,qu’il» prennent plus de foin de tenir leursyeux exactement fermés pour méditer li-brement ? Tous ees aveugles philoso-phes fe font des systèmes pleins de chi-mères & d’illusions, parce qu'il leur estimpossible , faus le secours de la vue ,d’avoir une juste idée ni du soleil, ni dela lumière, ni des couleurs, c’est-à-dire,des parties de la nature , qui en font Ubeauté & le principal mérite. Je ne dou-te pas que tous ces sombres philosophesne fe soient souvent surpris ne pensantrien , tandis qu’ils étoient abîmés dansles plus profondes méditations. On n’au-roit jamais reproche au fameux Bescartesd’avoir fabriqué un monde tout différentde celui qui existe , si, plus curieux ob-servateur des phénomènes de la nature ,il eút ouvert les yeux pour contempleravidement, au lieu de fe plonger , com-me il a Fait, dans de pures rêveries, &de former (lans une sombre & lente mé-ditation le plan d'un univers.
Vattention est susceptible de diversdegrés : il y a des gens qui la conserventau milieu du bruit le plus fort. Citons