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Tome V. BI - CALZ.
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BON

£<uir la santé ; & dans le moral ce qui estbon pour l’esprit, peut être mauvais pourle cœur.

Dans la nature, la même chose peutÊtre mauvaise dans son effet immédiat, &excellente dans son este t éloigné , commenue potion amere , une amputation dou-loureuse. 11 n’en est pas de même dans lesarts d’agrément; leur effet le plus essen-tiel est de plaire, & ce n’est que par-làqti’iis se rcndenfcutiles ; car toute leurpuissance est fondée fur leur charme Lfur leur attrait.

L’objet immédiat des arts est donc unejouissance agréable , ou par les commo-dités de la vie, ou parles impressions quereçoivent les sens, ou par les plaisirs del’esprit & de l’ame ; & c'est ici le genretle bonté qui caractérise les beaux arts.

Mais les plaisirs de l’esprit & de l’amepeuvent être trompeurs, comme celuique fait un poison agréable. C’est doncl’innocence de ces plaisirs & plus encoreleur utilité , ou , s’il m’est permis de ledire , leur salubrité , qui donne auxmoyens de l’art une bonté réelle. Leplaisir est fans doute une excellente cho-se j mais le plaisir ne peut être pourl’homme un état habituel & constant. Lebonheur, c’est-à-dire , un état doux &calme , la paix & la tranquillité avec soi-même & avec les autres , voilà le butuniversel où doit tendre un être sensibleA raisonnable. Les ennemis de ce reposfont les passions & les vices ; les deuxgénies tuté.aires sont l’innocence & iavertu ; ainsi le plaisir ne doit être Im-mérité pour les beaux arts qu'un moyen ,

& leur fin ultérieure doit être le bon-heur de bhomme : c’est ainsi que la bontéde la comédie consiste à corriger les vi-ces , & celle de 1a tragédie à intimider lespassions & à les réprimer par des exem-ples effrayans. V. MœuRS.

Ce qu’on doit attendre par la bonté jpoétique se trouve par-là décidé. Ce quiproduit l’effet immédiat que le poète sepropose, est poétiquement bon ; & toutesles réglés de l’art se réduisent à bien choi-sir & à bien employer les moyens pro-pres à cette fin. Le premier de ces moyensest l’illusion , & par conséquent k vrai-semblance ; le second est battrait & parconséquent te choix de ce qui peut le«ieux.intéresser, attacher, éntouveir,

BON" zyç

captiver l’esprit, gagner rame, dominerl’iwagination , produire enfin k sorted’émotion & de délectation que la. poésiea dessein de causer.

Dans le gracieux , choisissez ce que knature a de plus riant, dans le nais cequ elle a de plus simple , dans le pathéti-que ce qu’elle a de plus terrible & deplus touchant. Voilà ce qu’on appelle labonté poétique. Ainsi ce qui seroit excel-lent à sa place devient mauvais quand ilest déplacé.

Mais 1a bonté morale doit se concilieravec k bonté poétique', & k bonté moralen’est pas k bonté des mœurs qu’on sepropose d’imiter. La peinture des plusmauvaises mœurs peut avoir fa bonté mo-rale , si elle attache à ces mœurs la honte, 'l’averiion & le mépris. De même Limi-tation des mœurs les plus innocentes &les plus vertueuses seroit mauvaise, ston y jettoit du ridicule, & si en les avi-lissant on vouloitnous en dégoûter.

Labonté morale en poésie est dans futi-lité attachée à Limitation, comme dansl’élcquence elle est dans 1a justice de lacause que l’on embrasse, & dans k légi-timité des moyens qu’on employé à per-suader.

Ainsi quand on parle des mœurs théâ-trales , par exemple, on ne doit pas con-fondre les mœurs bonnes en elles-mê-mes , & les mœurs bonnes dans leur rap-port avec l'cffet salutaire qu’on veutproduire. Narcisse & Mahomet sont despersonnages aussi utilement employésque Bitrrhus & Zopire, par 1a raisonqu’ils contribuent de même à l'impreífionsalutaire qui résulte de faction à laquelleils ont concouru. Tout ce q trou doit exi-ger du poète pour que Limitation ait sabonté morale, c’est qu’il fasse craindre deressembler aux médians qu’il met sur lascene, & souhaiter de ressembler anxj gens de bien qu’il oppose aux méchans.

11 y a cependant certains vices qu’iln’est pas permis d’exposer fur le théâtre ,parce que leur image blesseroit la pu-deur , mais en cela même on peut quel-quefois être trop févere : en les voilantavec toute la décence convenable, peut-être feroit.il possible de rendre utile , &non dangereux, l’exempie des égaremens& des malheurs dont ils font k cause &entre l’exeès où donnent nos voisins àS »