Band 
Tome septieme. CHA - CHR.
Seite
329
JPEG-Download
 

C H A

C H A 329

ne ces meurtres abominables ; maiscomme ne c’est pas de celle-là dont ils’agit , c’est une fourberie d’autant pluscriminelle de vouloir en disculper l’au-tre aux dépens de la puissance civile ,qu’elle tend à rendre les souverainsodieux , en rejetant fur eux les hor-reurs dont elle s’est rendue coupable.

L’intérêt a dit que les préjugés re-ligieux étoient utiles, même nécessai-res aux peuples ; la stupidité l’a répé-té, & on l’a cru. Si le vol n’étoit pointpuni par la loi civile, ils ne le répri-meroient pas plus qu’ils répriment l’a-dultcre qu'ils condamnent anssi forte-ment, & qu’ils menacent des mêmespeines. II faut donc d’autres opinionspour que les républiques fuient heureu-ses & tranquilles, car fans doute ellesne fauroient l’être avec des citoyens in-justes & médians.

On lit dans l 'esprit des loix : „ II neFaut pas beaucoup de probité pour qu’ttngouvernement monarchique ou un gou-vernement despotique se maintienne &se soutienne. La force des loix dansl’un,le bras du prince toujours levé dans l’au-tre, règlent 011 contiennent tout,- maisdans un état populaire, il faut un ressortde plus , qui est la vertu. “

Cette proposition prise dans un sensstrict & étroit, ne paroîtroit ni juste,ni favorable au gouvernement monar-chique ; & c’est avec raison que M. deVoltaire a remarqué que la vertu estd’autant plus nécessaire dans un gou-vernement, qu’il y a plus de séductionque dans tout autre.

Mais celui qui a dit ailleurs , „ lesmœurs du prince contribuent autant àla liberté que les loix," il peut, connueelles, faire des hommes des bêtes, &des bêtes des hommes ; s’il aime les âmeslibres, il aura des sujets 5 s’il aime lesâmes basses., il aura des esclaves: veut-’il savoir le grand art de régner? qu’ilapproche de lui i'honneur & la vertu ,qu’il appelle le mérite personnel ; qu’ilgagne les cœurs, mais qu’il nc captivepoint l’esprit : “ celui, dis-je, qui afi bien senti le pouvoir & l’utilité dela vertu, n’a pas pu penser qu’elle fûtmoins nécessaire dans un endroit quedans un,autre. .Quelle différence y: a-t-il entre te glaive de la. loi & celui

dont le prince est armé? L’un & l’au-tre menacent, & l’obéissance qui estrésulte est également l’effet de la crainte.Si elle produit la tranquillité dans lesétats despotiques, c’eft que les hommesabrutis y ont perdu le sentiment de leurdignité, & jusqu’à celui de leur exis-tence ; ce sont, pour me servir d’uneexpression dont on ne peut augmenterl’énergie, des corps morts ensevelis lesuns auprès des autres; mais par-toutailleurs , la crainte ne produira jamaisqu’une tranquillité incertaine & inquié-té ; elle est à l’ame ce que les chaînes fontail corps ; l’un & l’autre tendent fans ces-se à s’en délivrer.

La loi menaqoit-elle moins après Cé-sar, Tibere , Caïns, Néron , Domitien?Si ■pourtant les Romains devinrent plusesclaves , c’est que tous Us coups porte -rem fur Us tyrans, aucun fur la ty-rannie. L’empire en Fut-il plus affermi ?Les progrès de son affoiblissement sui-virent ceux de la perte de la vertu.Ce qui rendit Rome incapable de rece-voir la liberté , lorsque Sylla la lui of-frit , rendit les Romains incapables desentir leur esclavage , & les empêchade défendre & de soutenir l’empire;toute l’autorité de la loi n’en put em-pêcher la perte, comme elle n’avoitpuempêcher celle de la vertu & desmœurs.

La politique des Grecs ne connoiffoitrien dc si puissant que la vertu pour sou-tenir les républiques. En vain comman-dera la loi, & la force avec elle; ellen’assurera point le repos ni la durée de,1’état, fi c’est la erainte & non l’amourde la justice qui fait observer ses or-donnances. Lorsque les Athéniens souf-frirent que Démétrius de Phalere lesfítìdénombrer’dans un marché comme des; esclaves, lorsqu’ils combattirent areotant de peine & si peu de courage con-tre Philippe , ils étoient aussi nombreux. qúelorl'qu’ils défendoíent seuls la Grecscontre te grand monarque de l’Afie,'& qu’ils firent tant d’autres actions hé-‘ roïques ; mais ils étoient moins ver-tueux & moins touchés des choses hon-nêtes. Une nation qui fait des loix pourcondamner à mort quiconque proposera( d’employer á un autre usagé l’argenfcdestiné pour les spectacle, prépare fe*