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Tome neuvieme. CON - CRI.
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Car ne connoissantpas de puissance assezgrande pour créer la matière de l’uni-vcrs, it failoit nécessairement dire , ouqne !c monde étoit de toute éternité , ouque ia matière étant en mouvement l’a-voit produit par hasard. 11 n’y a pointde milieu, il failoit prendre son parti,& choisir l'iine ou Tautre de ces deuxextrémités. C’est aussi a quoi on fut ré-duit ; & tous les philosophes, exceptéceux qui attribnoient ia formation de Pu-jiivers au mouvement des atomes, cru-rent que lc monde étoit éternel.

Censorin, danS son traité du j on r na-tal, parlant de l’éternité du inonde , ditque cette opinion a été suivie par Pytha-gore, Lucain, & Archytas de Tarente,tous philosophes pythagoriciens ; maisencore, ajoute-t-ii, Platon, Xeno-cvate , & Dicéarque de Mtffine , & tousles philosophes de l’anciemie académie,n’ont. pas eu d’autre sentiment. Aristo-te , 1 heophraste, & plusieurs célèbrespéripatéticien!, ont écrit la même chose,& en donnoient ces raisons : i°. queDieu & la nature ne seroient pas tou-jours ce qu’il y a de meilleur, si l’uni-vers n’étoit éternel, puisque Dieu ayantjugé de tout temps que l’arrangement duinonde étoit un bien , il auroit différéde le produire pendant toute l’étermté :5 °,' qu'il est impofisible de décider si lesoiseaux ont été avant le" œufs , ou lesœufs avant les oiseaux. De sorte qu’ilsconcluoient que le monde étant éternel,toutes choses a voient été & seroient dansune vicissitude mutuelle de générations.Les philosophes Grecs avoient été pré-venus par les Egyptiens dans ['opinionde l’éternité du monde; & peut-être lesEgyptiens l’avoient-iis été par d’autrcspeuples dont nous u’avons aucune con-Boisiance. Mais nous ne pouvons enêtre éclaircis ; car c’est en Egypte oùBous découvrons les premieres traces dela philosophie. Les prêtres étalent ceuxqui s'y appliquoient le plus ; mais gé-néralement tous les Egyptiens croyoient& admettoient deux divinités premieres& éternelles, le soleil & la lune, quigonvernoient tout ['univers. Quoique cesystème ne supposât point entiercment lemonde éternel, cependant il approchébeaucoup de celui d'Ariftote. En suppo-sant l’éternité du soleil & de la lune, il

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étoit beaucoup moins absurde que celuiqui rendoit lc hasard la cause de l’anan-gement de l’univcrs ; an lieu que lesdeux premiers principes intelligens quesiipposoient les Egyptiens , leur faisaienttrouver aiiêment ia cause de l’ordre &de sa continuation. Ils n’étoientplus sur-pris de la justesse que nous appercevonsdans le cours des astres & dans les arran-gemens des faisons , puisque la régléavoit été Faite & étoit encore conservéepar des êtres intelligens & éternels.

Mais fi le système de réternité du mon-de étoit plus suivi & mieux raisonné qnece!ni des épicuriens,le système de ces der-niers avoit fur feutre beaucoup d’avan-tages, qne lui fournissaient les vestigessensible» qu'o n rencontrait partout dsla jeunesse & de la nouveauté du monde.Pour fe tirer d’afFaire , on avoit recours,aux déluges & aux embvâseinens. Maisrien n’est plus vain ni plus frivole quecette réponse ; car ces inondations & cesembrâsemsns n'ayant pu consumer quequelques centrées, puifqu’un déluge ouembrasement universel n’est possible quedans l’ordre surnaturel, le monde ne se-roit pas retombé dans fa premiere enfan-ce par ces désordres. Les nations conser-vées auraient requ ceux qui seroientéchappés à ces malheurs, & leur auroientcommuniqué leurs avantages. A suppo-ser même que ces tristes restes du genrehumain eussent subsisté seuls, & qu’ilseussent été engagés à repeupler la terre,ils n’auroient pas oublié les commoditésnécessaires à la vie : quand mime ils au-roient voulu négliger la culture des arts& des sciences, les maisons, les navires,le pain, le vin, les loix, la religion,étoient de ces choses nécessaires , qu’undéluge ou un embrasement ne puuvoiteffacer de la mémoire des hommes fansdétruire entièrement le genre humain; onauroit quelque monument, quelque tra-dition , quelque petit recoin dans l'his-toirg , qui nous laisseroient entrevoir ces.inondations & ces embrâlèmens ; au-lieuqu’on ne les trouve que dans les conjec-tures ou dans la feule fantaisie des philo-sophes entêtés du système de la prétendueéternité du monde. Ainsi il faut nécessai-rement demeurer d’accord que toute l’his-toire de l’univers réclame centre cetteabsurdité.