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Tome neuvieme. CON - CRI.
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C R E

M*ïs pourquoi tant d’habiles gens out-ils embrassé un système st incompatibleavec l’histoire ? Les raisons n’en font pasdifficiles à trouver. II n’y avoit point demilieu entre ie sentiment d’Epícure, quiattribuait la formation de l’univers auconcours fortuit des atomes, & Popinionde l’éternité du monde. Caria création n’aété connue que par la révélation ; la rai-son humaine n',avoit pas assez de forced’elle-même pour faire cette découverte.Ainsi étant réduits à la nécessité de choisirun monde éternel, ou un inonde formépar Paveugle hasard, ils trouvaient beau-coup moins de difficultés à prendre leparti de l'éternité, tout contraire qu’ilétoit à l’histoire , contre le concours for-tuit des atomes , qui tout téméraire &aveugle qu’il est, auroit formé néanmoinsun ouvrage le plus sage & le plus con-stant que l’esprit humain se pût figurer,un ouvrage permanent, uniforme, &toujours conduit par nne sagesse simpledans ses voies & féconde dans ses effets.

A peser les difficultés, ils en trouvaientbeaucoup moins dans leur système, &ils avoient raison. Mais comme d’un au-tre coté , ni l’histoire, ni les monumensdu monde , ni la nouveauté des sciences& des arts , ne pouvaient s’allier avecce système de l’éternité, pressés qu’ilsétaient de ces objections par les épicu-riens , ils coupaient ce noeud indissolu-ble par leurs inondations L leurs etnbrâ-semens inventés à plaisir , & démentispar l’histoire. C’est un misérable retran-chement à l’impiété , de n’avoir que cerefuge imaginaire.

II y a eu , à ia vérité , des philosophesqui ont parlé d'un esprit, d'un Dieu.Mais ils ne laissaient pas de croire l’éter-nité du monde : les uns , parce qu’ils nepouvoient concevoir une matière créée ,ni comment cet esprit auroit pu la dis-poser à sa volonté, en sorte que le dieuqu’ils admettaient étoit un être inutile& fans action ; & les autres, parce qu’ilsregardaient le monde comme une fuite& une dépendance de Dieu, comme lachaleur l est du soleil. Les premiers rai-sonnaient ainsi ; la matière étant incréée ,Dieu ne peut la mouvoir ni en formeraucune chose; car Dieu ne peutrcm.uerla matière ni Parranger avec sagesse sansla connaître. Or, Dieu ne peut ia-con- ;

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naître s’U ne lui donne l'être. Car Dieune peut tirer ses connaissances que dehti-mème ; rien ne pent agir en Irai nil’éclairer. 11 ne connaît donc point lamatière , & par conséquent il ne peutagir sur elle. D’ailleurs comment auroit-il pu agir fur elle , & de quels instru-mens se seroit-il servi pour cela ?

Ce sujet a servi quelquefois de raillerieaux plus beaux esprits du paganisme.Lucien, dans un de ses dialogues, ditqu’il y a des fentimens différons touchanti’origine du mande ; que quelques-nusdisent quen'ayant point eu de commen-cement , il n’anra point auffi de fin ; qued’autres ont osé parler de Pauteur del'it»nivers & de la maniéré dont il a été for-mé; il pouvait bien avoir en vue leschrétiens. J’admire, ponrsuit-il, ces genspar-dessus tous les autres, en cequ’aprèsavoir supposé un auteur de toutes choses,ils n’cmt pas ajouté d’où il étoit venu,ni où il demeurait quand il fabriquait lemonde, puisqu’avant la naissance de Pu-nivers on ne peut fe figurer ni temps nilieu. Cicéron s’est fort appliqué à détrui-re l’opinion de ia formation del 'universpar une cause intelligente, dans son trai-té de la nature des dieux, qui est un ou-vrage fait exprès pour établir l’athéisme.II dit en se moquant, qu’on a recours àune première cause pour former Puni.vers comme à un asyle. Ailleurs il de-mande de quel instrument ce dieu fe fe-rait servi pour façonner son ouvrage.Aristote se moque auffi d’Anaxagore , &dit qu’il emploie son mens comme une ma-chine pour former le monde ; car Ana-xagore étoit le premier des philosophesqui eût parlé de mens on d’un être intel-ligent pour mettre en ordre les cor^s oula matière qui subsistait de tonte éter-nité. Platon voulait que les corps fussenten mouvement quand Dieu voulut lesarranger ; mais Plutarque, tout sage qu’ilétoit, fe moque de ce dieu de Platon , &demande d’un ton ironique, s'íl existaitlorsque les corps commenceront à fe mou-voir. S'il étoit, ajoute-t-i! , ou il veil-lait , ou il dormait, on il ne Faisoit ni Punni l’autre. On ne peut point dire qu’iln’ait pas existé , car il est de toute éterni-té; on ne peut point dire aussi qu’il aitdormi, car dormir de toute éternité, c’estêtre mort. Sion dit qu’il veilloit, il dé-lit 4