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Tome XIV. FERM - FORL.
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té. Jnrnandez appelle le nord de l’F.uro-pe, la fabrique du genre humain ; i! feroitencore mieux de l’appeller \n fabriquedes injiruntens qui ont brisé ìçs fers for-cés ais midi : c’est là en effet qtie se sontformées ces nations vaillantes , qni fontsorties de leurs pays pour détruire lestyrans & les esclaves , & pour appren-dre aux hommes que la nature les ayantfait égaux, la raison n’a pu les rendredépendans que pour leur bonheur.

Autres preuves de cette diffïi ence. Oncomprendra mieux ces vérités, si l'onveut se rappeller les mœurs , le caractère,& le génie des Germains dont sortirentces peuples, que Tacite nomme Getho-ttes , & qui subjuguèrent l’enipire d’Oc-eident. fis ne s’appliqnoient point â l’a-griculture ; ils vivoient de lait, de froma-ge &dechair; personne n’avoít de ter-res ni de limites qui lui fussent propres,tes princes & les magistrats de chaquenation donnoient aux particuliers la por-tion de terrein qu’íls vouloient dans lelieu qu’ils vouloient, & les obligeoientTannée suivante de passer ailleurs.

Chaque prince avoit une troupe decompagnons (comités') qui s’attachoientà lui & le sitivoient. 11 y avoit entr’euxune émulation singulière pour obtenirquelque distinction auprès du prince; ilrégnoit de méme une vive émulation en-tre les princes fur le nombre & la bra-voure de leurs compagnons. Dans lecombat, il étoit honteux au prince d’êtreinférieur en courage à ses compagnons ;il étoit honteux aux compagnons de nepoint égaler la valeur du prince, & delui survivre. Ils recevaient de !ui le che-val du combat, & le javelot terrible,tes repas peu délicieux, mais glands,étoienf tirteespece de solde pour ces bra-ves gens.

I! n’y avoit point chez eux de fiefs,mais il y avoit des vassaux. I! n’y avoitpoint de fiefs, puisque leurs princes n’a-Voíent point de terrein fixe à leur don-ner : ot: fl l’on veut. leurs fiefs étoientdes chevaux de bataille, désarmés, desrepas. II y avoit des vassaux , parce qw’ily avoit des hommes fidèles, liés par leurparole, par leur inclination, par leursfentimens , poursuivre le prince à laguerre. Quand un d’eux , dit César, Jé-elaroit à l’assemhlée qti’il avoit formé leprojet de quelque expédition, & deman-

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doit qu’cn le suivit ; ceux qui npproa-voient le chef & T entreprise , se levoient& offroient leurs secours. II ne faut pass’étonner que les descendans de ces peu-ples ayant ie méme gouvernement, lesmêmes mœurs, le même caractère, &marchant fur les mêmes traces, aientconquis Tempire romain.

Idée dti gouvernement féodal, établi parles peuples du Nord eu Europe. Mais pouravoir une idée du gouvernement qu’ilsétablirent dans les divers rovaumes rieleur domination , il est nécessaire dc con-sidérer plus particulièrement la naturedc leurs armées envoyées pour chercherde nouvelles habitations , L la conduitequ’ils tinrent. L;l nation entiere étojt di-visée conrme ìcs Israélites, en plusieurstribus distinctes & séparées , dont chacu-ne avoit ses juges fans aucun supérieurcommun , excepté en temps de guerre ,tels qu’étoient les dictateurs parmi lesRomains: ainsi les armées ou coloniesqu’on faisoit partir de leurs pays sur-chargés d’habitans , n’étoient pas des ar-mées de mercenaires qui fissent des con-quêtes pour l’avantage de ceux qni lespayoient; c’étoier.t des sociétés volon-taires, r n des co-partugcans dans l’ex-pédition qu’on avoit entreprise. Ces so-ciétés étoient autant d’armées distinctes,tirées de chaque tribu, chacune condui-te par fes propres chefs , fous un supé-rieur ou générai choisi par le communconsentement, & qui étoit auísi iechcfou capitaine de fa tribu : c’étoit en unmot une armée de confédérés. Ainiì lanature de leur société exigeoit que lapropriété du pays conquis fût acquise àtout le corps des associés , & que chacuneût une portion dans le tout qu’il avoitaidé à conquérir.

Pour fixer cette portion , le pays con-quis étoit divisé en autant de districtsque l’armée contenoitde tribus ; on lesappella provinces , comtés ( rn Angloiïsiire, qui vient tin mot saxo t! foyre, c’est-à-dire diviser , partager ). Après cettedivision générale , les terres étoient en-core partagées entre les chefs des tribus.Comme il étoit nécessaire à leur établisse-ment , dans un pays nouvellement con-quis , dc continuer leur général dansfou autorité, on doit le considérer fousdeux divers égardscomme seigneurd’nn district particilier, divisé parmi ses