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Tome dix-huitieme. I - JOM.
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I D E

une longue suite de siécles, & n’a mêmeété portée à i'a perfection que par les mo-dernes. Or, par combien de nuances u'a-t-il pas fallu palier avant de parvenird’une chanson pareille au calumet desIroquois, jusqu’à un morceau de musi-que tel que le finale de la Buona Figliola ,on celui de Vincognita perseguìtata ? D’a-bord on a essayé de joindre la mélo-die à la mesure , ensuite on à vouluréunir plusieurs voix ensemble, & avantque rharmonie fût connue, on a chantéà l'octave , & puis on a découvert laquinte , & puis la tierce , enfin aprèsavoir trouvé plusieurs accords, on a exi-gé qu’ils concourussent à embellir la mé-lodie & à augmenter l’expreffion. Or , jevoudrois bien savoir quelle part a eu dansce progrès, limitation de la nature? Lechant des oiseaux n’est pas mesuré, leursconcerts n’ont point d’harmonie & fontsouvent très-diseordans. Qui ne voit queles beautés de ia musique font toutes idéa-les & produites jlar le tâtonnement, c’est-à-dire , par cet instinct qui nous fait aug-menter & diminuer , retoucher & corri-ger jnsqu'à ce que nous soyons contens denotre ouvrage ? Soyons donc plus justesenvers 1er, beaux arts & vendons-leur lestitres de noblesse qu’on veut leur ôter. Ilsne font pas seulement imitateurs, maiscréateurs ,• & non contens de copier lanature, ils savent f embellir , ils saventexprimer la pensée de l'homme, penséequi n’est que le résultat de ses désirs am-bitieux, & de l’ardeur avec laquelle ilcherche le plaisir.

Rien de plus admirable en même ttms :que la délicatesse qti’il met dans cetterecherche. Elle mérite toute notre, atten-tion , & nous ne pouvons nous dispenserde nous y arrêter quelques instans.

I.a nature, il est vrai, atiísi riche quebelle, est pour nous une source fécondede sensations vives&intéressantes : maiscomme les ebj?t.s qui les excitent font se-més au hasard & variés à i’infini, commeles vicissitudes des temps , des saisons,■des modifications communes à tous lesêtres, ou particulières à notre individu,nous empêchent souvent de recevoir desimpressions profondes & durables, l'artest venu à son secours ; & secondé par cesdeux grands moyens, l’abstraction &l’exagération, il est parvenu à nous in-téresser &nous toucher plus que la nature

IDE isz

même. Développons cette idée. II est ar-rivé à plusieurs hommes de voir uneamante trahie, une épouse abandonnée,un pere outragé , un maître irrité , Le.mais différentes circonstances ont pu em-pêcher les témoins de ces spectacles terri-bles ou attendrissans d’en être touchés ,autant que leur sensibilité naturelle pou-voit le permettre. Si la figure de l'épouseen larmes est dépourvue de glaces L debeauté ; si la douleur dii pere outragé estaigre ou querelleuse ; fi le magistrat, oule prince irrité, manque ou de majestédans les traits , ou de Force dans l'expref-sion , l'effet doit nécessairement s’affoi-blir, il manque par quelque chose ; &cette exception , si petite qu’elle soit,suffit pour aliéner notre ame & détruiranotre sensibilité : que seroit-ce encore sinous considérions l’influence de nos dis-positions particulières & momentanées?notre santé , nos affections , nos crain-tes , nos espérances personnelles, toutpeut influer fur l'impression que nous de-vons recevoir. Maintenant que l’art vien-ne remplacer la nature , qu’un peintrenous représente Ariane abandonnée ; lesite qu’il aura choisi , la couleur du ciel,le moment de la journée, la figure de l’a-mante trahie, sa taille, son habillement ;tout sera calculé, préparé pour concou-rir à l’effet total de la icene. Qu’un Ra-cine , qti’un Voltaire ait entrepris depeindre la passion de l’amour avec ce!teforce Hí cette énergie dont elle a besoinpour être noble & théâtrale, tout ce qu’ilaura fait entrer dans fa tragédie fera di-rigé'vers cet objet principal; tout con-tribuera à rendre Psiedie plus intéressan-te, Arnénaide plus touchante : nul dé-tail, nul accident épifodique, qui ne con-coure à l’effet principal, nul accessoirequi ne modifie, pour ainsi dire, l’amed u spectateur, dans le ton où fauteur apréludé : & voilà comment le beau idéalappartient anffi à la tragédie. C’est aussice qu’il faut bien sentir avant de répon-dre aux critiques que les étrangers onthasardées contre nos poètes les plus esti-més. Quiconque ne voudra pas rapporterla plupart de nos belles tragédies à quel-que chose d'abstraít & d 'idéal , à certai-nes beautés de convention & de création,ne fera jamais en état de réfuter tantd’ob-jections vulgaires fur limitation de la na-ture & fup la vérité de l’expreffion theâ-