Band 
Tome dix-huitieme. I - JOM.
Seite
226
JPEG-Download
 

226 J E A

seigneurs turbulens, le jeune Théodosequitta tout-a-eoup la cour , <fralia se ren-dre àElvar. Jean offensé île cette démar-che , lui envoya ordre de revenir sur lechamp ; le prince n’obéit qu'nprès avoirrésisté , & il fut froidement accueilli parson pere. Quelques mal-intentionnésprirent occasion de cet accueil pour ani-mer le peuple contre Jean IV. On plai-gnit Théodose , on murmura , & le roipour étouffer ee mécontentement , nom-ma son fils généralissime de farinée tmais il l’écarta des affaires, & ne luipermit plus d’entrer au conseil. Cetteapparente dureté sit murmurer plus hau-tement; mais Jean, qui ne croyoit pasdevoir communiquer à personne les rai-sons de fa conduite, suivit le plan qu’ils’étoit Fait, &s’inquiéta peu des faussesconjectures qu’on répandoit fur fa sévé-rité. Son projetétoit de reculer, autantqu’il le pourroit, la guerre contre les Es-pagnols; d’ailleurs, il avoit fait secrè-tement un traité avec plusieurs grandsd'Espagne pour réunir le Portugal à laCastille, en mettant Théodose sur letrône, & en transférant le siégé de lamonarchie à Lisbonne : mais ces secretsn’étant point de nature à être encore con-fiés à la jeunesse du prince, il ne l’avoitexclu du conseil que par intérêt pourlui-mêare: cependant Théodose nc con-cevant point le motif de cette rigoureusefroideur, en fut si pénétré, qu’il tombamalade > ne put être rendu aux larmes;ni aux vœux de la nation ; mourut , &accabla Jean IV de douleur, son chagrinfut encore aigri par la mort de l’infantedona Jeanne sa fille aîné: mais quelleqn’eûtété la cause de la maladie de Théo-dose , & quelqu’empressement que lesmal-intentionnés témoignassent à le rap-porter au chagrin qu’on lui avoit donné,Jean peu sensible à ces injurieuses impu-tations , garda le silence, & ce ne futqn’après fa mort, que l’on découvrir levéritable motif de la conduite qu’il avoittenue avec son fils. Après avoir pris tou-tes les précautions qui pouvoientlui assu-rer le succès de ses desseins Jean IVvoyant les troupes bien disciplinées, &fa cavalerie accrue, com menqa les hosti-lités contre l’Espagne , fit des incursionsheureuses, eut de grands succès , qui fu-rent balances par la perte de l’isle deCeylan ; d’où pat leurs propre faute, leur

JE A

licence & l’avidité de leurs chefs, lesPortugais furent châssis, Jean supportacette perte avec ee sang-froid apparentqu’il montroit dan- les circonstances lesplus critiques: il songea aux moyens dese dédommager de ce désastre , & conti-nua à s’oetuper san« interruption , dubien public ; il s’y appliqua fi assidûmentqu’il ne paroissoit point s’appercevoir del'affoibblïement de fa fauté; mais bien-tôt il a imis la reine dans tous les con-seils , & ce ne fut qu’à cette démarcheque l’on ne douta plus qu’il ne connûtlui-même le danger où il étoit : il le ca-choit tout autant qu’il pouvoit à ses peu-ples, parce qu’ii conncissoit leur affec-tion ; &afin de leur persuader que sa ma-ladie n'étoit qu’une indisposition passa-gère, il alloit tous les jours à lâchassedans le peu de momens où il se permet-toit de se distraire des affaires : mais sonestomac étoit entièrement ruiné, fes for-ces l’abandonnerent, il tomba dans unépuisement total : L jugeant qu’ii ton-choit à son dernier instant, il fit venirses enfans , les embrassa, leur donna lespins sages conseils, en donna de très-uti-îes à la reine , fur la maniéré dont elledevoit exercer la régence ; réconcilia en-tr’eux plusieurs seigneurs qu’il avoit faitarrêter pour empêcher les suites de leursquerelles particulières, pria & exhortales ministres à rester fideles à fes eufaHS&à l’état; vit approcher avee tranquil-lité le moment fatal, & mourut en hé-ros, en grand homme, & ce qui vautencore mieux , en homme juste & paisi-ble fur sa vie passée , le 6 novembreï6y6, âgé deans, & au commence-ment du dernier mois delaseízicme an-née de son régné. II fut aimé, il méritadel’ètre, L je ne citerai qu’un trait pourprouver à quel point il aimoit ses sujets& les remontrances qu’on lui faisoit. Uajour qu’il sortoit à cheval de Lisbonnepour aller à la chasse , le lieutenant civille présenta devant lui, & après lui avoirfait une profonde révérence, prit le che-val par la bride & le ramena au palais,Jean sourit, remercia le lieutenant civil,s’occupa d’affaires importantes , &, pource jour, renonça au plaisir de U chasse.II respectait l’église , mais if savoit con-tenir les ecclésiastiques, lorsqu’ils s’on-blioient. II recevoit les confiscations quel’inquisition prononqoit «n fa faveur i