I M P
Ceux qui avoicnt été ainsi dévoués étoientregardés comme des ennemis publics, &comme des hommes exécrables. Bannisde la société , ils n’avoient plus de partaux aspersicns qui se faisoient avec lestisons sacrés trempés dans le sang desvictimes. Ils n’avoient plus la libertéd’offrir des libations dans les temples,ni d'affister aux assemblées du peuple.Chassés de leur patrie , ils u’y étoientpas même reçus après leur mort: on nevouloir pas que leurs vétemens fussentconfondus avec ceux des citoyens , nique la terre natale qu’ils avoient déshoDorée , servit à les couvrir ; à moinsque fur des preuves bien authentiquesde teur innocence, ils ne fussent réhabi-lités. La réhabilitation se faisoit en im-molant quelques victimes à f honneur desmêmes dieux , dont on avoit implorél’affistance par les imprécations.
Mais les meurtriers, ies assassins , lesparricides ne pouvoient jamais se flatterde cet avantage. C’est ainsi que le dé-clare Œdine dans Sophocle , lorsqu’ilprononce ses violentes imprécations con-tre le meurtrier de Laïus. “Je défends,dit-il, qu’en aucun lieu de mes états ,ce malheureux soit reçu dans les sacrifi-ces & dans les compagnies : je défendsqn’on ait rien de commun avec lui, pasmême la participation de l’eau lustrale;& j'ordonne qu’on le bannisse comme unmonstre, de tontes les maisons où il seretireroit. Puisse le criminel éprouverl’cffei des malédictions dont je l’accableaujourd’hui. Qu’il traîne une vie misé-rable , sans feu , fans lieu , fans se-cours, & fans espoir d’être jamais réha-bilité. ,,
Les imprécations furent originairementétablies parle concours de ia religion &de la politique, pour exclure de la so-ciété & de la participation aux avantagesqui y font attachés, ceux qui seroientcapables d'en détruire l’ordre & l’admi-nistratíon. On regarda les imprécationscomme une fuite naturelle du droit com-mun, dont jouit tout gouvernement , depouvoir retrancher de son sein , iesmembres, qui le bouleversent & les su-jets rebelles.
Je réexaminerai point si l'ufage qu’onen a fait dans l’antiquité en divers temps& en plusieurs pays , n’a pas quelque-fois dégénéré çu abus > Si ft. la passion ie
I M P 4*7
couvrant dú voile de la religion & dubien public, ne les a pas quelquefoisinjustement appliquées ; je fais qu’onles employoit très-rarement, & feule,ment dans des cas extrêmes.Cependant onne fa u roi t nier que les formules n’ea fus-sent blâmables, & qu’en même temps el-les étoient accompagnées de cérémoniesinfamantes,qu’il falloit retrancher. Maisles abus des excommunications qui ontsuccédé aux imprécations des Payens.fontbien autrement condamnables. II n’y ena que trop d’exemples dans les dernierssiécles. “ Dieu, dit M. l’abbé de Fleury,a permis les fuites affreuses des fauffesidées qu’ou a eu si long-temps fur l’ex-communication pour nous en désabuser àjamais,du moins par l’expériênce.;,
Excommunication.
On peut même ajouter, à la déchargedes imprécations des anciens , qu’ejllesn’étoient pas toujours mêlées de formali-,tés odieuses, &qu’elles varioient sui-vant la nature du crime qui y donnoitlieu , & suivant les idées que les peuplesen avoient. Lorsque les Crétois , chezqui la dépravation des mœurs étoit regar-dée comme la source de tous les désordres,chaffoient rie leur île un citoyen corrom-pu ; ils ne Fotmoient contre lui d'autre.vœu,sinon qu’il fût obligé de passer fa viehors de fa patrie, dans la compagnie degens qui lui ressemblassent ; imprécationbien digne d'un peuple qui avoit eu Mi-nos pour législateur.
L’ufage ries imprécations passa desGrecschez les Romains ; elles s’étoient glisséesà Rome, dès la naissance de la républi-que, & elles y subsistèrent dans ses tempspostérieurs. Valerius Publicola, autorisépar le peuple , dévoua aux dieux infer-naux la vie & les biens de quiconque ose-roit aspirer à la royauté. Crasfus , ceRomain si fameux par ses richesses,ayant Formé le dessein d’aller conquérirle pays des Parthes , surmonta par la fa-veur çle Pompée , P opposition que lespontifes mettoient à cette entreprise ;mais le tribun Aétius s’étant fait ap.pgr-ter dans l’endroit par où Crassus devoifcpasser , un réchaud plein de feu , y jettaquelques parfums , fit des aspersions , &prononça une Formule conque en termesfi effrayans, qu’on U nomma Carmeniefpcrutum.
Telles étqiçní la plupart des imprim-ât 3