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Tome douzième.
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A M. DE VOLTAIRE.

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sert de base. Je pense qu’ils ne le doivent pas encore par uneautre raison , c’est qu’il y a de l’inhumanité à troubler des âmespaisibles Sc à désoler les hommes k pure perte , quand ce qu’on.veut leur apprendre n’est ni certain ni utile. Je pense en unmot, qu’à votre exemple on ne sauroit attaquer trop fortementla superstition qui trouble la société, ni trop respecter la reli-gion qui la soutient.

Mais je fuis indigné comme vous que la foi de chacun nesoit pas dans la plus parfaite liberté, & que l’homme ose con-trôler l’intérieur des consciences où il ne sauroit pénétrer ,comme s’il dépendoit de nous de croire ou de ne pas croiredans des matières où Ja démonstration n’a point lieu, Sc qu’onpût jamais asservir la raison à l’autorité. Les Rois de ce mondeont-ils donc quelque inspection dans l’autre, & font-ils endroit de tourmenter leurs sujets ici-bas pour les forcer d’alleren paradis ? Non, tout Gouvernement humain se borne parsa nature aux devoirs civils , & quoi qu’en ait pu dire le so-phiste Hobbes, quand un homme sert bien l’Etat, il ne doitcompte à personne de la maniéré dont il sert Dieu.

J’ignore si cet Etre juste ne punira point un jour toute tyran-nie exercée en íbn nom; je suis bien sûr au moins qu’il nela partagera pas, Sc ne refusera le bonheur éternel à nul incré-dule vertueux & de bonne foi. Puis-je fans offenser sa bonté& même sa justice douter qu’un cœur droit ne racheté uneerreur involontaire , & que des mœurs irréprochables ne vail-lent bien mille cultes bizarres prescrits par les hommes Screjettés par la raison ? Je dirai plus ; si je pouvois à mon choixacheter les œuvres au dépend de ma foi, Sc compenser à force

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