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Tome douzième.
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LETTRE

choses au-delà de îa vérité, ni confondre comme fai soient lesStoïciens le bonheur avec la vertu. II est certain que faire lebien pour le bien c’est le faire pour foi, pour notre propreintérêt, puifqu’il donne à l’ame une satisfaction intérieure, uncontentement d’elle-même fans lequel il n’y a point de vraibonheur. II est sûr encore que les méchans font tous miséra-bles , quel que soit leur fort apparent ; parce que le bonheur«'empoisonne dans une ame corrompue comme le plaisir dessens dans un corps mal sain. Mais il est faux que les bonssoient tous heureux dès ce monde, 6c comme il ne suffit pasau corps d’être en santé pour avoir de quoi se nourrir , il nesuffit pas non plus à l’ame d’être faine pour obtenir tous lesbiens dont elle a besoin. Quoiqu’il n’y ait que les gens debien qui puissent vivre contens , ce n’est pas à dire que touthomme de bien vive content. La vertu ne donne pas le bon-heur , mais elle feule apprend à en jouir quand on l’a : la vertune garantit pas des maux de cette vie & n’en procure pas lesbiens ; c’est ce que ne fait pas non plus le vice avec toutes sesruses; mais la vertu fait porter plus patiemment les uns 6cgoûter plus délicieusement les autres. Nous avons donc en toutétat de cause un véritable intérêt à la cultiver, 6c nous faisonsbien de travailler pour cet intérêt, quoiqu’il y ait des cas où ilseroit insuffisant par lui-même, sans l’attente d’une vie à venir.Voilà mon sentiment fur la question que vous m’avez proposée.

En vous remerciant du bien que vous pensez de moi, jevous conseille pourtant, Monsieur , de ne plus perdre votretems à me défendre ou à me louer. Tout le bien ou le malqu’on dit d’un homme qu’on ne connoît point ne signifie pas