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Tome douzième.
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L E T T R E

A MONSIEURLE MARQUIS DE MIRABEAU-

Trye le z 6 Juillet 1767.

J’Aurois dû , Monsieur, vous écrire en recevant votredernier billet : mais j’ai mieux aimé tarder quelques joursencore à réparer ma négligence , & pouvoir vous parler enmême tems du livre (* ) que vous m’avez envoyé. Dans Pim-possibilité de le lire tout entier, j’ai choisi les chapitres oùl’Auteur casse les vitres, & qui rn’ont paru les plus importans.Cette lecture m’a moins satisfait que je ne m’y attendois ; 8cje sens que les traces de mes vieilles idées, racornies dans moncerveau, ne permettent plus à des idées si nouvelles d’y fairede fortes impressions. Je n’ai jamais pu bien entendre ce quec’étoit que cette évidence qui sert de base au Despotisme légal,8c rien ne m’a paru moins évident que le chapitre qui traitede toutes ces évidences. Ceci reííèmble assez au système del’Abbé de 5t. Pierre,'qui prétendoit que la raison humainealloit toujours en se perfectionnant, attendu que chaque sié-cle ajoute ses lumières à celles des siécles préçédens. II nevoyoit pas que fentendement humain n’a toujours qu’unemême mesure & très-étroite, qu’il perd d’un côté tout autantqu’il gagne de l’autre , 8c que des préjugés toujours renaissansnous ôtent autant de lumières acquises que la raison cultivéeen peut remplacer. II me semble que l’évidence ne peut jamais

( *) L’ordre essentiel des Sociétés politiques.

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