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LETTRES
feu que donne l’émulation , ôc de cette correction dont le seuldeíìr de plaire peut surmonter le dégoût.
Une chose íìnguliere, c’est qu’ayant autrefois publié un seulouvrage ( * ) où certainement il n’est point question de poésie,on me fasse aujourd’hui poète malgré moi ; on vient tous lesjours me faire compliment fur des Comédies & d’autres Piecesde vers que je n’ai point faites, ôc que je ne fuis pas capablede faire. C’est l’identité du nom de l’Auteur <3c du mien , quim’attire cet honneur. J’en ferois flatté, fans doute, si l’on pou-voit l’être des éloges qu’on dérobe à autrui ; mais louer unhomme de choses qui font au-dessus de ses forces, c’est le fairesonger à fa foiblesse.
Je m’étois essayé, je l’avoue , dans le genre lyrique, par unouvrage loué des amateurs, décrié des artistes, ôc que la réu-nion de deux arts difficiles a fait exclure par ces derniers, avecautant de chaleur que si en effet il eût été excellent.
Je m’étois imaginé, en vrai Suisse, que pour réussir, il nefàlloit que bìbii faire; mais ayant vu par l’expérience d’autrui,que bien faire est le premier ôc le plus grand obstacle qu’ontrouve à surmonter dans cette carrière ; ôc ayant éprouvé moi-même qu’il y faut d’autres taîens que je ne puis ni ne veuxavoir, je me fuis hâté de rentrer dans l’obfcurité qui convientégalement à mes talens ôc à mon caractère, ôc où vous devriezme laisser pour l’honneur de votre journal,
Je fuis, &c.
( * ) Dissertation fur la musique moderne. A Paris, chez Quillau Pere, 174;.
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