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Tome douzième.
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LETTRES

ne sais quelle circonspection pusillanime fort goûtée en ce sié-cle , «Sc qui, voyant par-tout des inconvéniens , se borne parsagesse, à ne faire ni bien ni mal ; j'aime mieux une hardiessegénéreuse qui, pour bien faire, secoue quelquefois le puérilejoug de la bienséance.

Qu’un zeîe indiscret m’abuse peut-être , que prenant meserreurs pour des vérités utiles, avec les meilleures intentionsdu monde je puisse faire plus de mal que de bien ; je n’ai rienà répondre à cela, si ce n’est, qu’une semblable raison devroitretenir tout homme droit, Ôc laisser l’univers à la discrétion duméchant & de l’étourdi, parce que les objections , tirées de lafeule foiblesse de la nature, ont force contre quelque hommeque ce soit, ôc qu’il n’y a personne qui ne dût être suspectà soi-même, s’il ne se reposoit de la justesse de ses lumièresfur la droiture de son cœur ; c’est ce que je dois pouvoir fairefans témérité, parce qu’isolé parmi les hommes, ne tenant àrien dans la société , dépouillé de toute espece de prétention,ôc ne cherchant mon bonheur même que dans celui des au-tres , je crois , du moins, être exempt de ces préjugés d’étatqui font plier le jugement des plus sages aux maximes quileur font avantageuses. Je pourrois , il est vrai, consulter desgens plus habiles que moi, ôc je le ferois volontiers, si je nefavois que leur intérêt me conseillera toujours avant leur rai-son. En un mot, pour parler ici fans détour, je me fie encoreplus à mon désintéressement, qu’aux lumières de qui que cepuisse être.

Quoi qu’en général, je fasse très-peu de cas des étiquettes4e procédés, ôc que j'en aye depuis long-tems secoué le joug