Band 
Tome douzième.
JPEG-Download
 

LETTRES

242.

loit donner quelques jours aux importunités de ces tems-cipour ne vous pas accabler des miennes. Quoique je ne meconsole point de ce qui vient de se passer, je suis très-contentque vous en soyez instruit, puisque cela ne m’a point ôté vo-tre estime ; elle en sera plus à moi quand vous ne me croirezpas meilleur que je ne fuis.

Les motifs auxquels vous attribuez les partis qu’on m’a vuprendre, depuis que je porte une espece de nom dans le mon-de , me font peut-être plus d’honneur que je n’en mérite ;mais ils font certainement plus près de la vérité, que ceuxque me prêtent ces hommes de lettres, qui donnant tout àla réputation, jugent de mes fentimens par les leurs. J’ai uncœur trop sensible à d’autres attachemens, pour l’être si fortà l’opinion publique ; j’aime trop mon plaisir & mon indépen-dance pour être esclave de la vanité, au point qu’ils le suppo-sent. Celui pour qui la fortune ôc l’espoir de parvenir, ne ba-lança jamais un rendez-vous ou un souper agréable , ne doitpas naturellement sacrifier son bonheur au désir de faire parlerde lui ; ôc il 11’est point du tout croyable qu’un homme qui sesent quelque talent, ôc qui tarde jusqu’à quarante ans à lefaire connokre , soit assez fou pour aller s’ennuyer le reste deses jours dans un désert, uniquement pour acquérir la réputa-tion d’un misanthrope.

Mais, Monsieur, quoique je haïsse souverainement l’injuíticeôc la méchanceté, cette passion n’est pas assez dominante pourme déterminer feule à fuir la société des hommes, si j’avoisen les quittant quelque grand sacrifice à faire. Non, mon mo-tif est moins noble, ôc plus près de moi. Je fuis né avec un