DIVERSES. 243
amour naturel pour la solitude, qui n’a fait qu’augmenter àmesure que j'ai mieux connu les hommes. Je trouve mieuxmon compte avec les êtres chimériques que je rassemble au-tour de moi, qu’avec ceux que je vois dans le monde ; Sc lasociété dont mon imagination fait les frais dans ma retraite,acheve de me dégoûter de toutes celles que j'ai quittées. Vousme supposez malheureux Sc consumé de mélancolie. Oh ! Mon-sieur , combien vous vous trompez ! C’est à Paris que je Pé-tois ; c’est à Paris qu’une bile noire rongeoit mon cœur, Scî’amertume de cette bile ne se fait que trop sentir dans tousles écrits que j’ai publiés tant que j’y fuis resté. Mais, Mon-sieur , comparez ces écrits avec ceux que j’ai faits dans masolitude ; ou je suis trompé, ou vous sentirez dans ces der-niers une certaine sérénité d’ame qui ne se joue point, Scsur laquelle on peut porter un jugement certain de l’état inté-rieur de l’Auteur. L’extrême agitation que je viens d’éprouver,vous a pu faire porter un jugement contraire : mais il est facileà voir que cette agitation n’a point son principe dans ma situa-tion actuelle, mais dans une imagination déréglée, prête às’effaroucher fur tout Sc à porter tout à l’extrême. Des succèscontinus m’ont rendu sensible à la gloire, Sc il n’y a pointd’homme ayant quelque hauteur d’ame Sc quelque vertu, quipût penser fans le plus mortel désespoir, qu’après fa mort onsubstitueroit sous íòn nom à un ouvrage utile, un ouvragepernicieux, capable de déshonorer fa mémoire , Sc de fairebeaucoup de mal. II se peut qu’un tel bouleversement ait accé-léré le progrès de mes maux ; mais , dans la supposition qu’untel accès de folie m’eût pris à Paris, il n’est point sûr que ma
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