Band 
Tome douzième.
JPEG-Download
 

propre volonté n’eût pas épargné le reste de l’ouvrage à lanature.

Long-tems je me fuis abusé moi-même fur la cause de cetinvincible dégoût que j’ai toujours éprouvé dans le commercedes hommes ; je Pattribuois au chagrin de n’avoir pas l’espritassez présent, pour montrer dans la conversation le peu quej'en ai, & par contre-coup à celui de ne pas occuper dans lemonde la place que j’y croyois mériter. Mais quand, aprèsavoir barbouillé du papier, pétois bien fur , même en disantdes sottises , de n’être pas pris pour un sot ; quand je me suisvu recherché de tout le monde, & honoré de beaucoup plusde considération que ma plus ridicule vanité n’en eût osé pré-tendre ; ôc que malgré cela, j’ai senti ce même dégoût plusaugmenté que diminué, j’ai conclu qu’il venoit d’une autrecause, & que ces especes de jouissances n’étoient point cellesqu’il me falloit.

Quelle est donc enfin cette cause ? Elle n’est autre que cetindomptable esprit de liberté, que rien n’a pu vaincre , &devant lequel les honneurs, la fortune , & la réputation mêmene me font rien. II est certain que cet esprit de liberté mevient moins d’orgueil que de paresse; mais cette paresse estincroyable ; tout l’essarouche ; les moindres devoirs de la viecivile lui font insupportables ; un mot à dire, une lettre àécrire , une visite à faire, dès qu’il le fàut, font pour moides supplices. Voilà pourquoi, quoique le commerce ordinairedes hommes me soit odieux, l’intime amitié m’est si chere ,parce qu’il n’y a plus de devoirs pour elle ; on fuit son cœur ,& tout est fait. Voilà encore pourquoi j’ai toujours tant redouté