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Tome douzième.
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2.64

LETTRES

tement tous mes goûts, toutes mes habitudes , j'e n’y auroispas pu résister seulement trois mois. Enfin nous aurions eubeau nous rapprocher d’habitation, la distance restant toujoursla même entre les états, cette intimité délicieuse qui fait leplus grand charme d’une étroite société, eût toujours man-qué à la nôtre; je n’aurois été ni l’ami, ni le domestique deMonsieur le Maréchal de Luxembourg ; j'aurois été son hôte ;en me sentant hors de chez moi, j'aurois soupiré souvent aprèsmon ancien asyle, & il vaut cent fois mieux être éloigné despersonnes qu’on aime, & desirer d'être auprès d'elles , que des’exposer à faire un souhait opposé. Quelques degrés plus rap-prochés eussent peut-être fait révolution dans ma vie. J’ai centfois supposé dans mes rêves Monsieur de Luxembourg pointDuc, point Maréchal de France, mais bon Gentilhomme decampagne, habitant quelque vieux château , & J. J. Rousseaupoint Auteur , point faiseur de livres, mais ayant un espritmédiocre & un peu d’acquis, se présentant au Seigneur châ-telain & à la Dame , leur agréant, trouvant auprès d’eux lebonheur de fa vie, 6c contribuant au leur ; si pour rendre lerêve plus agréable , vous me permettiez de pousser d’un coupd’épaule le château de Malesherbes à demi-lieue de-là, il mesemble , Monsieur, qu'en rêvant de cette maniéré je n'auroisde long-tems envie de m’éveiller.

Mais c’en est fait ; il ne me reste plus qu’à terminer le longrêve ; car les autres font déformais tous hors de saison ; 6cc'est beaucoup, si je puis me promettre encore quelques-unesdes heures délicieuses que j’ai passées au château de Montmo-penci. Quoi qu’il en soit me voilà tel que je me sens affecté,

jugez-moi

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