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Tome douzième.
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LETTRES

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moyen de défense que j’entends employer, íl l’on m’interroge jest la récusation de mes Juges ; mais ce moyen ne les conten-tera pas ; car je vois que, tout plein de son pouvoir suprême,le Parlement a peu d’idée du droit des gens, & ne le respec-tera gueres dans un petit particulier comme moi. II y a danstous les Corps des intérêts auxquels la justice est toujourssubordonnée, & il n’y a pas plus d’inconvénient à brûler uninnocent au Parlement de Paris , qu’à en rouer un autre auParlement de Toulouse. II est vrai qu’en général les Magistratsdu premier de ces Corps aiment la justice, ôc font toujourséquitables & modérés quand un ascendant trop fort ne s’y oppoíèpas ; mais íi cet ascendant agit dans cette affaire, comme ilest probable , ils n’y résisteront point. Tels font les hommes,cher M***, telle est cette société si vantée; la justice parle,ôc les paûìons agissent. D’ailleurs , quoique je n’eusse qu’à dé-clarer ouvertement la vérité des faits, ou, au contraire , àuser de quelque mensonge pour me tirer d'affaire, même mal-gré eux ; bien résolu de ne rien dire que de vrai, & de necompromettre personne , toujours gêné dans mes réponses,je leur donnerai le plus beau jeu du monde pour me perdre àleur plaisir.

Mais , cher M* **, si la devise que j’ai prise n’est pas un purbavardage, c’est ici l'occasion de m’en montrer digne ; & àquoi puis - je employer mieux le peu de vie qui me reste ? Dequelque maniéré que me traitent les hommes, que me feront-ils que la nature & mes maux ne m’euffent bientôt fait fanseux ? Ils pourront m’ôter une vie que mon état me rend àcharge, mais ils ne m’ôteront pas ma liberté ; je la conserve-

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