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Tome douzième.
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LETTRES

Z86

vous croyez bonnement vous proposer. Vous voudriez, dites-vous , vous mettre en état d’en tendre les autres. Avez - vousbesoin d’un nouvel acquis pour cela ? Je ne fais pas au vrai,quelle opinion vous avez de votre intelligence actuelle ; maisdussiez-vous avoir pour amis des (Êdipes , j'ai peine à croireque vous soyez fort curieuse de jamais entendre les gens quevous ne pouvez entendre aujourd’hui. Pourquoi donc tant defoins pour obtenir ce que vous avez déjà ? Non , Henriette %ce n’est pas cela ; mais quand vous ferez une Sybille , vousvoulez prononcer des oracles ; votre vrai projet n’est pas tantd’écouter les autres, que d’avoir vous - même des auditeurs»Sous prétexte de travailler pour l’indépendance, vous travail-lez encore pour la domination. C’cst ainsi que , loin d’allégerle poids de Popinion qui vous rend malheureuse, vous voulezen aggraver le joug. Ce n’est pas le moyen de vous procurerdes réveils plus sereins.

Vous croyez que le seul soulagement du sentiment péniblequi vous tourmente, est de vous éloigner de vous. Moi, toutau contraire, je crois que c’est de vous en rapprocher.

Toute votre lettre est pleine de preuves que jusqu’ici, Puni-que but de toute votre conduite , a été de vous mettre avan-tageusement fous les yeux «'autrui. Comment, ayantréuísi dansle public autant que personne , & en rapportant si peu desatisfaction intérieure , n’avez-vous pas senti que ce n’étoit paslà le bonheur qu'il vous falloir, & qu’il étoit tems de chan-ger de plan ? Le vôtre peut être bon pour là gloire , mais ilest mauvais pour la félicité. II ne faut point chercher à s’éloi-gner de foi, parce que cela n’est pas possible, ôc que tout

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