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Tome douzième.
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LETTRES

ici. Je suis trop près de Geneve & de Berne. La passion decette heureuse tranquillité m’agite 8c me travaille chaque jourdavantage. Si je n’espérois la trouver à la fin , je sens que maconstance acheveroit de m’abandonner. J’ai quelque envie d’es-sayer de l’Italie, dont le climat & inquisition me seront peut-être plus doux qu’en France & qu’ici. Je tâcherai cet été deme traîner de ce côté-là, pour y chercher un gîte paisible ;& si je le puis trouver, je vous promets bien qu’on n’entendraplus parler de moi. Repos , repos , chere idole de mon cœur,cù te trouve rai-je ? Est-ii possible que personne n’en veuille laisserjouir un homme qui ne troubla jamais celui de personne !Je ne serois pas surpris d’être à la fin forcé de me réfugierchez les Turcs, & je ne doute point que je n’y fusse accueilliavec plus d’humanité & d’équité que chez les Chrétiens.

On vous dit donc, Madame, que M. de Voltaire m’a écritfous le nom du Général Paoli, & que j’ai donné dans le piège.Ceux qui disent cela, ne font gueres plus d’honneur , ce mesemble, à la probité de M. de Voltaire qu’à mon discernement.Depuis la réception de votre lettre, voici ce qui m’est arrivé.Un Chevalier de Malte , qui a beaucoup bavardé dans Geneve,& qui dit venir d’Italie , est venu me voir, il y a quinze jours,de la part du Général Paoli, faisant beaucoup l’empressé descommissions dont il se disoit chargé près de moi, mais medisant au fond très-peu de chose, & m’étalant d’un air im-portant , d'assez chétives paperasses fort pochetées. A chaquepiece qu’il me montroit, il étoit tout étonné de me voir tirerd’un tiroir, la même piece, & la lui montrer à mon tour. J’aìvu que cela le mortifioit d’autant plus, qu’ayant fait tous ses

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