Band 
Tome douzième.
JPEG-Download
 

LETTRES

486

geoient me sembloient autant de vrais Chrétiens, unis entreeux par la plus tendre charité. Qu’ils m’ont bien guéri d’uneerreur si douce ! Mais enfin j’y étois alors, & c’étoit d’aprèsmes idées que je jugeois du prix d’être admis au milieu d’eux.

Voyant que durant cette visite M. de M. ne me disoit riensur mes sentimens en matière de foi, je crus qu’il réservoir cetentretien pour un autre tems, & sachant combien ces Meilleurssont enclins a s’arroger le droit qu’ils n’ont pas de juger de lafoi des Chrétiens, je lui déclarai que je n’entendois me sou-mettre à aucune interrogation ni à aucun éclaircissement quelqu’il pût être. II me répondit qu’il n’en exigeroit jamais, & ilm’a là-dessus si bien tenu parole, je l’ai toujours trouvé si soi-gneux d’éviter toute discussion sur la doctrine, que jusqu’à laderniere affaire il ne m’en a jamais dit un seul mot, quoiqu’i!me soit arrivé de lui en parler quelquefois moi-même.

Les choses se passerent de cette sorte tant avant qu’après laCommunion; toujours même empressement de la part de M. deM. & toujours même silence fur les matières théologiques. Uportoit même si loin l’esprit de tolérance & le montroit si ou-*Vertement dans ses sermons, qu’il m’inquiétoit quelquefois pourlui-même. Comme je lui étois sincèrement attaché, je ne luidéguisois point mes alarmes, & je me souviens qu’un jourqu’il prêchoit très-vivement contre l’intolérance des Protes-ta ns , je fus très-effrayé de lui entendre soutenir avec chaleurque l’Eglise réformée avoit grand besoin d’une réformationnouvelle, tant dans la doctrine que dans les mœurs. Je n’ima-ginois gueres alors qu’il fourniroit dans peu lui-même une flgrande preuve de ce besoin,

*