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**8 LETTRES
que deux seules exceptions , dont l’une est pour M. Du Peyrou ;je crois superflu de vous dire quelle est l’autre ; désormais toutà l’amitié, n’existant plus que par elle, vous sentez que j’aiplus besoin que jamais d’avoir quelquefois de vos lettres.
Je fuis très-heureux d’avoir pris du goût pour la botanique.Ce goût se change insensiblement en une paillon d’enfant, ouplutôt en un radotage inutile & vain : car je n’apprends au-jourd’hui qu’en oubliant ce que j'appris hier, mais n’importe. Sije n’ai jamais le plaisir de savoir , j'aurai toujours celui Rappren-dre , & c’est tout ce qu’il me faut. Vous ne sauriez croire com-bien l’étude des plantes jette d’agrément fur mes promenadessolitaires. J’ai eu le bonheur de me conserver un cœur assez sain,pour que les plus simples amusemenslui suffisent, & j’empêche,en m’empaillant la tête, qu’il n’y reste place pour d’autresfatras.
Inoccupation pour les jours de pluie , fréquens en ce pays,est d’écrire ma vie. Non ma vie extérieure comme les autres ;mais ma vie réelle, celle de mon ame, l’histoire de mes senti-mens les plus secrets. Je ferai ce que nul homme n’a fait avantmoi, & ce que vraisemblablement nul autre ne fera dans lafuite. Je dirai tout, le bien, le mal, tout enfin; je me sensune ame qui se peut montrer. Je suis loin de cette époquechérie de 1 761 , mais j’y viendrai, je l’espere. Je recommen-cerai du moins en idée ces pèlerinages de Colombier, quifurent les jours les plus purs de ma vie. Que ne peuvent-ilsrecommencer encore & recommencer fans cesse ! Je ne de-manderais point d’autre éternité,
M, Du Peyrou me marque qu’il a reçu les trois cents louis.
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