DE LOUIS XI Y. LIV. XIV. 181
Peut-être aussi que la foule du peuple, qui s’étoit assemblé à la Grève, &les préludes de sédition, qui avoient paru le matin, leur firent appréhen-der que la délibération ne fût pas tranquille.
Cette remise déplut à plusieurs. On contesta. La contestationfût interrompue par une multitude de cris confus, qui demandoient, queles intentions de Monsieur le Prince fussent suivies, & qu’on leur livrâttous les Mazarins, qui s’y opposaient. Au même tems on tira plusieurscoups de fusil dans les fenêtres. On ferma les portes ; les séditieux ymirent le feu, conduits & animés par des soldats & des Officiers dégui-sés. Ceux qui étoient enfermés, mirent tout en œuvre pour appaiíèrces furieux. Ils battirent la Chamade, ils arborèrent pavillon blanc, ilsjettèrent de l’argent fur la place, ils firent un acte d’union qui fût signépar Coulas Sécrétasse du Duc d’Orléans, ils en jettèrent quatre Copiespar les fenêtres, tout fût inutile. Le feu gagnoit de tous côtés , la fu-mée les étouffoit ; ceux qui les aísiégoient, ne parloient que de tuer &d’égorger. Ou pensa inutilement à fe défendre, ils ne trouvèrent aucu-nes armes offensives. Ils n’eurent pour ressource que les Archers. LeMaréchal de rHôpital les posta derrière la grande porte & dans l’efcalierqui y répondoit. Cette foible défense ne rassura point, on fe crut per-du ; chacun fe confessa aux Curés & autres Ecclésiastiques, qui dévoientêtre appellés à cette malheureuse Assemblée.
Pendant ce tems-là la grande porte fût brûlée. Les Archers fi-rent ferme, tirèrent fur ceux qui fe présentèrent pour entrer, & entuèrent plusieurs. Une des petites portes fût forcée. Quantité de furieux,armés de leviers, de bayonettes, d’épées, de pistolets, entrèrent dansl’IIótel de Ville menaçant de tout massacrer. Ils pillèrent tout ce qu’ily avoit, ils rançonnèrent les particuliers, & fe chargèrent de les sauvermoyennant certaines sommes. D’autres', moins heureux, ou plus ef-fraïés, aimèrent mieux s’expofer à la rage des mutins, que de périr dansles flammes qui croissoient â chaque instant. La plûpart furent tués oublessés. Le Gras, Maître des Requêtes, Ferrand Conseiller au Parlement,Miron Maître des Requêtes, furent massacrés.
On demanda inutilement du secours au Luxembourg, où étoient lePrince de Coudé & le Duc de Beaufort. Le prémier refusa d’appaiscrce tumulte, sous prétexte , qu’il n’entendoit rien à cette espèce de guer-re ; le second s’en chargea, mais il arriva trop tard, & le grandmal étoit fait. Quoique ceux qui étoient en danger fussent des gens enplace, & des meilleurs Bourgeois considérés dans leur quartier, il ne fefit aucun mouvement en leur faveur ; aucune Compagnie ne s’assemblapour aller les délivrer. Au-contraire, tout autour de l’Hôtel de Villeles chaînes furent tendues, & les Bourgeois de ces quartiers fous les ar-mes , qui repoussaient ceux qui vouloient les aller dégager, Mademoi-selle , même, ne pût pénétrer jusqu’à la Grève.
Cette action consterna tout Paris. Talon dit, qu’elle paraîtra laplus farouche, la plus barbare, la plus sauvage, qui ait été faite depuis la
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Sédition vio-lonte à Parisen faveurdes Princes.
Talon , vol.g. {art. 3.
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Preuvesqu’elle étoitconcertée.