Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

216

HISTOIRE

Pont St. Esprit suroît voulu suivre le parti, mais la garnison l’empê-16 f 2 . choit de se déclarer. Un Gentilhomme du voisinage, nommé Chanron,& le principal Curé de cette Ville firent fi bien leur partie , qu’un matinils se saisirent des portes, & chassèrent la garnison. L’accommodementdu Duc d'Orléans, qui se fit peu après, acheva de pacifier cette Pro-vince.

Pour éteindre tout-à-fait la guerre civile , il ne restoit plus que Bour-deaux à soumettre, & une partie du Païs d’Aunis , où commandoit leComte du Doignon. Les divisions affreuses, qui désoloient cette Villerébelle, faifoient espérer qu’on en viendrait bientôt à bout. Un événe-ment , à quoi on ne devoit pas s’attendre , pensa ruiner ces espérances,& donna des terribles inquiétudes. Le Comte d’Harcourt faifoit la guer-re en Guienne avec un très grand succès. II quitta tout d’un coup son Ar-mée; il traversa la France suivi de cinq ou six personnes, gagna la Fran-che Comté , d'oà il passa en Alsace & s’empara de Brifac, qui joint àPhiiipsbourg, dont il étoit Gouverneur, devoit, selon ses idées , lui faireune Principauté, apparemment sous la protection de l’Empereur, ou dumoins forcer la Cour à lui faire des avantages proportionnés à l’impor-tance de ces deux Places. Les circonstances qui le déterminèrent à cet-te action étonnante sont des plus singulières,

Ce Seigneur étoit de la Maison de Lorraine, Cadet du Duc d’El-boeuf. Quoiqu’il eût toute sa vie servi fort glorieusement & avec toutela fidélité posiìble, il se trouvoit pauvre; de manière qu’en commandantl’Armée du Roi, il fût obligé de mettre ses meubles & fa vaisselle d’argenten gage , pour sure subsister la Princesse son Epouíè & ses enfuis. Dansla mauvaise humeur , où le mettoit sa triste situation , il écouta une pro-

Ê osition, qui lui fit faire l’équipée dont on vient de parler. Le Généralrlac, un des Commandans des troupes du Duc de Wevmar qui s’é-toient données à la France , avoit été fait Gouverneur de Brifac ; le Ma-réchal de Guébriant y avoit mis pour Lieutenant du Roi un homme àlui, nommé Charlevois. Erlac étant mort il fût remplacé parTilladet,beau-frère de le Tellier. Charlevois s’étoit acquis beaucoup d’autorité, &la Garnison étoit à fa disposition. II crut s’appercevoir, que le nouveauGouverneur, jaloux apparemment de son crédit, songeoit à se défaire delui ; il le prévint, lui fit une quérelle & le chassa de sa Place. La Cour,hors d’état de se faire obéir, fût obligée de dissimuler ces désordres.

L a Maréchale de Guébriant, femme des plus intriguantes, imaginade se servir de cette occasion, pour établir un de ses Neveux ; elle fitsonder Charlevois. II répondit, qu’elle seroittoûjours la maîtresse par-tout où il aurait quelque pouvoir. Elle partit de Paris, se rendit àBrifac. Elle y fût reçuë avec les plus grands respects ; mais on ne luidonna aucune autorité. Elle avoit prévû qu’on en userait de la sorte ,& avoit formé son plan dès Paris pour surprendre Charlevois. Ce Lieu-tenat de Roi étoit extrêmement susceptible d’amour; une jeune per-sonne avec de la beauté étoit sûre de lui plaire. La Maréchale de Gué-briant