DE LOUIS XIV. L I V. XV.
217
briant connoissoit son foible. Elle avoit mené avec elle une fille de dix-sept à dix-huit ans propre à inspirer & à feindre de la paílìon , à y con-sentir même , s’il étoit nécessaire. Charlevois ne résilia pas à la pré-mière vue. II n’eut pas de peine à l’entretenir en particulier, on en mé-nagea les occasions ; loin de le rebuter, on lui donna lieu de tout espé-rer. La Maréchale le voyant pris , loua une maison de campagne dansle voisinage de Brisac. Son amour l’y conduisit. Les premières fois il yalla aiïèz accompagné , pour ne point craindre d’être surpris. On luifit entendre que fa fuite embarrasioit, & ótoit la liberté de le voir com-me on auroit souhaité. II donna dans le piège. II fût enlevé , & en-voyé prisonnier à Philipsbourg.
Cette fourberie, ou ce tour d’adresse , comme on voudra l’appellerfût inutile aux desseins de la Maréchale ; il ne lui en retta que l’odieux &le ridicule. La garnison désolée d’avoir perdu son Chef, se soulevacontr’elle ; sans quelques Officiers, qui l’aidèrent à se sauver , elle eutété arrêtée. Charlevois dans fa prison fit proposer au Comte d’Harcourtde le rendre maître de Brisac , à condition , qu’il le feroit mettre enliberté , & qu’il lui conserveroit son polie. Le traité fût bientôt con-clu , & exécuté auffi fidellement, que s’il eut été légitimé. On verrasous mille six cent cinquante-quatre, comme ce Prince Lorrain se ti-ra du mauvais pas où il s’étoit engagé.
L e reste de l’Europe fût assez tranquille, tandis que la France se dé-chirait elle-même, & aidoit ses anciens ennemis à la détruire. Cettetranquillité ne fût pourtant pas entière. La nouvelle République d’An-
f leterre vexoit les Provinces-unies & paraissait vouloir les dominer.
atiguées des insultes qu’elles prétendoient avoir reçues , & dont elless’étoient plaintes inutilement, elles équipèrent une flotte , & déclarè-rent à toute la terre, qu’elles n’avoient point d’autre vue , que d’assu-rer leur commerce contre les Pirates qui le troubloient. Les Angloisle mirent auffi en mer. Les deux flottes se rencontrèrent près de Dou-vres. Tromp, Amiral Hollandois , hésita à baisser Pavillon. II fitpréparer une chaloupe pour aller complimenter Blaak Amiral Anglois,dès qu’il l’eut découvert. Celui-ci, feignant de ne s’en point apper.ce-voir, fit trois décharges consécutives de tout son canon sur le vaisseaude Tromp , qui enfin lui répondit du sien. On se battit, on se mêla.Le combat dura quatre heures ; les Anglois y perdirent six vaisseaux, &les Hollandois deux.
Qu o iq.ue ces deux Nations ne fussent pas en fort bonne intelligence ,ce combat n’avoit point été prémédité, & on ne s’étoit point mis enmer à dessein d’en venir aux mains. Ce fût la prétention des Angloispar rapport au salut qui l’occasionna. Blaak attaqua le premier , parcequ’il crut , que Tromp refusoit de rendre à la Bannière d’Angleterreles honneurs dont elle étoit en possession. II est certain que Trompavoit eu plus de tems qu’il n’en falloit pour les rendre , & qu’il n’en fitrien. On assure même, qu’il suivit en cela ses instructions secrettes , &Tom. II, Ee qu’aïant
I6s2.
Guerre entrei’Angleterre& la Hol-lande.
Le Clerc ,tom. 2 pag.
; i ç. Clarfít -don , tom. 6.pag. 170.