HISTOIRE
IL5Z.
II vient àl’Armée pourchanger leGouverneurde la Fere.
Jvlontglat ,
íom. 4. p, 2i.
Marche duPrince deCondé.
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qu’elle ne se change point en passion. A considérer la chose dans les vraisprincipes, le défaut contraire seroit préférable ; & le plus parfait de tousles Rois eít celui qui fans craindre la guerre , 11e la fait, que lorsqu’il yest contraint par l’injuítice & par l’avidité de ses voisins.
L e Cardinal Mazarin , qui avoit conduit le jeune Monarque , avoit eud’autres vues, que celle de le satisfaire. Manicamp avoit toujours*été àce Ministre ; il avoit fort contribué à la levée des troupes qui l’avoientramené en France, & il avoit été Lieutenant - Général fous les ordresdu Maréchal d’Rocquincourt. Le Gouvernement de la Fere , Place im-portante en ce tems - là à cause de son voisinage de la frontière desìspagnols, étant devenu vaquant par la mort du Marquis de Nesle ,
. Vlanicamp le demanda, parce que ses terres étoient aux environs. On!elui confia, à condition qu’il en fortiroit, quand il plairoit au Roi,en recevant une gratification de cinquante mille écus. Tandis que leCardinal avoit eu besoin des services de cet Officier, il l’avoit laissétranquille ; mais quand il se vit au-dessus de ses ennemis , il voulutavoir ce Gouvernement pour lui-même. Le Gouverneur picqué de l’es-pèce d’affront qu’on lui íaisoit, offrit d’abord au Cardinal de garder laPlace comme son Lieutenant, & l’assûra qu’il ne pouvoit la confier àpersonne, qui lui fût plus attaché. Les sollicitations étant inutiles, ilprit des mesures avec le Prince de Condé. On le fut, & c’ést ce quifit partir le Roi. On envoya les Maréchaux de logis à la Fere pour ymarquer les logemens de la Cour. Ils trouvèrent les portes fermées.II fallut négocier. On convint qu’on payeroit à Manicamp les cinquan-te mille écus qu’on lui avoit promis. Cette somme lui fut comptée,le dix-neuf de juillet. Tandis qu’on la comptoit, les ponts furent le-vés & les portes fermées, de manière que les bagages qui arrivoient &ne pouvoient entrer, se renverfoient les uns sur les autres, & ce dés-ordre dura jusqu’à la nuit. Les portes ne Rouvrirent que lorsque le Roiarriva. Ce Prince ne trouva rien de prêt pour le recevoir. La con-duite de ce Gouverneur étoit très blâmable, mais j’ófe dire que celle duCardinal l’étoit encore d’avantage. Sans parler de son ingratitude , lescirconstances étoient - elles propres à s’attirer de nouveaux embarras, &la Fere entre les mains du Prince de Condé n’eût-elle pas facilité & mê-me assuré l’exécution de ses projets ?
Louis quatorze ne demeura à l’Armée que quatre ou cinq jours.On le remena a Paris. La supériorité des ennemis, les manœuvres hazar-deufes, qu’on devoit être obligé de faire pour leur résister , ne permet-taient pas qu’il y restât plus long-tems.
Aussitôt que le Prince de Condé eût été joint par le Comte deFuensaldagne & par les Lorrains, il se mit en mouvement. II marchaentre l’Oise & la Somme, & se logea entre St. Quentin & Ham ; lelendemain il s’avança vers Chaulni. Cette marche le mettoit à portéed’aller à Compiègne , ou de s’emparer de Creil, de Beaumont, ou dePont St. Maxence ; delà il auroit pû s’avancer jufqu’aux portes de
Paris,