DE LOUIS XIV. LIV. XVII, 255
tout fût tué ou pris. Cet avantage consola un peu de l’affaire de Giron-
ne, mais la rigueur de la saison empêcha qu’on n’en profitât. On ne i^sZ.
pensa de chaque côté qu’à se mettre en quartier d’hiver.
Pour réparer les pertes qu’on avoit faites les années précédentes, Alliance te-& pour avoir dans la fuite des Armées plus nombreuses, fans être obligé nouvellesd’user de violence en levant des soldats, le Cardinal Mazarin se détermina avec les Suit.de négocier avec les Suisses, & de renouveller le traité d’Alliance & de corps Bìpl.Paix perpétuelle, fait du tems de François premier. Jamais on n’avoit Tom. s.été ennemi, mais l’alliance & l’amitié s’étoient fort affoiblies depuis la Part ‘ a *mort de Henri second. On ne pouvoit rien faire de mieux que d’en fa& ‘renouveller les nœuds. Les Suisses sont d’excellentes troupes. Vigou-reux, & d’une docilité parfaite au commandement, ils sont comme unmur qu’on oppose à Pennemi. Pour leur fidélité, elle est jufqu’à ce joursans reproche. Le Païs étranger qu’ils ont à défendre devient leur pa-trie , & il seroit difficile qu’ils se battissent avec plus de fermeté pour leurspropres intérêts, qu’ils le font pour les intérêts d’autrui.
Les ennemis déclarés & secrets de la France mirent tout en œu-vre pour traverser cette négociation. Le traité fût conclu cette année& signé par Louis quatorze; mais il ne fût ratifié & accepté par toutela Nation que cinq ans après. II est fort curieux en lui-même, & d’unítile qui marque la sincérité des Contractans. Je crois devoir en rappor-ter quelques articles.
I. On ne pouvoit se désister de P Alliance qu’on renouvelloit, on re-nonçoit à toutes capitulations, contracts » ou conventions, qui auroientpû, ou pourroient dans la fuite donner occasion de le faire.
II. A u cas que le Roi fût attaqué, il pouvoit lever des gens depied pour fa défense , tel nombre qu’il lui plairoit ; toutefois non moins desix mille , & pas plus de seize. II avoit droit de leur donner des Capitainesdes Cantons. Ces troupes étant prêtes , & marchant volontiers auservice de sa Majesté, on ne pouvoit ni ne devoit les retarder en aucune ma-nière , mais les laisser partir dix jours après qu’elles auroient été demandées.
III. CES six OU seize mille hommes dévoient demeurer & persévérer auservice de la France, aussi long-tems qu’on voudroit les retenir, & ne pou-voient être rappellés, qu’au cas que, tout dol & fraude excepté, ils ne fussentnécessaires pour la défense de leur propre païs. Pendant la guerre , on nepouvoit les séparer sans le consentement des Cantons ; pendant la paix,on pouvoit les répandre en différentes garnisons ; mais ils ne dévoient ja-mais servir sur mer.
IV. On donnoit à chaque soldat par mois, comptant douze mois paran , quatre florins dix sols du Rhin , ce qui faisoit en ce tems-là six livresquinze sols, ou la valeur d’autant, selon les païs où le payement seroit fait.
Leur solde couroit dès qu’ils partoient de leur maison pour le service.
V. S i les Suisses étoient attaqués, la France devoit leur envoyerdeux cent lances, un train d’Artillerie de douze pièces de canon, sixgrosses & six moïennes, avec leurs affûts & munitions ; on devoit
leur