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Tome second.
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HISTOIRE

1654.

Vie abrégéede Janséniur.

Histoire deson Augustin.

Les divisionsqu’il cause.

suivie d’une infinité de contestations & de divisions, dont on aura si sou-vent occasion de parler, qu’il est à propos d’en donner une idée généra-le, & de faire connoître les principaux tenans.

Corneille Janssen ou Jansénius étoit né àOckoy, village prochede Leerdam en Hollande , en mille cinq-cent quatre-vingt-cinq. 11 étu-dia d’abord à Utrecht, ensuite à Couvain, où il prit le bonnet de Doc-teur. II y expliqua l’Ecriture sainte. II eut occasion de se faire connoî-tre à Madrid , où il fut député jusqu’à trois fois pour les intérêts deson Université. II avoit ausii demeuré plusieurs années en France. 11 yavoit contracté une amitié intime avec l’Abbé de St. Cyran, Janséniusétoit un homme de beaucoup d’esprit, du moins austì appliqué à l’intriguequ’à l’étude. On l’a cru auteur du livre qui a pour titre, Mars Gal-licus, où Louis treize & la Nation Françoise sont déchirés impitoya-blement. II fût fait Evêque d’Ypres en mille six cent trente-cinq ; mais,il n’occupa ce siège que trois ans, étant mort en mille six cent trente-huit, à Page de cinquante-trois ans.

I l laiífa en mourant quelques Ouvrages. Le plus considérable étoitson Augustin. Ce Livre ne l’a rendu que trop fameux pour le repos dela France. C’ést un Chef-d’œuvre qui doit avoir - coûté un tems infini ;rien n’y est hazardé , c’ést un système constamment & ingénieusementsuivi. Ce n’est pas moi qui parle, ce font de fort habiles gens que j’aientendus s’exprimer de la forte ; & ils m’ont paru d’autant plus croïa-bles, qu’ils condamnoient la doctrine de ce Livre. Ils remarquoient deplus l’adreíTe infinie de P Auteur à lier tellement son Système à la Doc-trine de St. Augustin, qu’il est presque impossible de les démêler , &d’attaquer Pu n fans l’autre. De tout cela on concluoit, qu’il n’étoitpoint du tout probable, qu’un homme mort à cinquante-trois ans, dontla vie avoit été variée par des voyages, par des intrigues, par des étudesd’un autre genre, fût PAuteur de cet ouvrage. On l’attribuoit à un Doc-teur de Louvain nommé Fromond , Disciple de Baius, Maître , du moinsfort ami, de l’Evêque d’Ypres, lequel étant dans les mêmes fentimensvoulut bien lui prêter son nom.

C e Livre fut imprimé à Rouen pour la prémière fois, en mille sixcent quarante. Dès qu’il parut, il eut des adversaires & des défenseurs.La Sorbonne fût le prémier théâtre des disputes. II y fût examiné d’abordfans autre dessein que d’en connoître le bon ou le mauvais. La passions’y mêla bientôt, comme il arrive d’ordinaire. II lé forma deux partis ; l’unfe détermina à défendre, l'autre à condamner ; & la querelle devint bientôt

? personnelle. Les Jésuites ne manquèrent pas de se mettre sur les rangs.Is se déclarèrent pour les aggreíseurs, & en firent bientôt leur affaireparticulière. Presqu’au même tems se forma une Communauté de Gensde lettres, laborieux, qui joignoient à la fçience Part de bien écrire ;c’ést ce qu’on a appellé depuis, Mrs. de Port-Royal. Ceux-ci fe joigni-rent aux défenseurs, & leur portèrent, si je puis ainsi parler, un grandcrédit, fondé fur l’estime singulière que leur avoit attiré leur capacité &la sévérité de leurs moeurs. En