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Tome second.
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DE LOUIS XIV. L IV. XIX,

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recevoir à l’entrée de ses Etats, avoit fait son portrait d'avance, de ma- » '■

nière à exciter l’envie de s’aísûrer qu’il n’avoit point exagéré. „ Cet- „ ió’fó’.

te Princesse, écrivoit-il, n’est pas grande , mais elle a la taille four- „

nie, le bras beau, la main blanche & bien faite, mais plus d’homme M

que de femme, une épaule haute, dont elle cache si bien le défaut „

par la bizarerie de son habit, qu’on en feroit des gageures. Le Visa- „

ge est grand fans être défectueux, tous les traits sont de même & „

fort marqués ; le nez aquilin, la bouche assez grande mais pas défa- „

gréable , les yeux fort beaux & pleins de feu, le tein nonobstant quel- „

ques marques de petite verole assez vif & astez beau. Quelques - fois „

elle porte un chapeau. Elle est chaussée comme un homme, dont elle „

a le ton de voix & presque toutes les manières. Elle ‘ affecte fort de „

faire l’Amazone. Elle a pour le moins autant de gloire & de fierté „

qu’en pouvoit avoir le Grand Gustave son père. Elle est fort civile „

& fort caressante, parle huit Langues , principalement la Françoise, „comme si esté étoit née à Paris. Elle fait plus que toute nôtre Aca- „démie jointe à la Sorbonne, fe connoît admirablement en peinture „comme en toutes les autres choses, fait mieux toutes les intrigues de „nôtre Cour que moi. Je crois n’avoir rien oublié à fa peinture, hor- „mis qu’elle porte quelque-fois une épée avec un colet de buffle “.

A u prémier abord elle parut aimable à tous les honnêtes-gens. Sonhabit si extravagant à l’entendre décrire, ne l’étoit point à le voir ; du-moins on s’y accoutuma facilement. On admira la facilité de son esprit& la connoissance surprenante qu’elle avoit de la France : elle connois-soit non-seulement les Maisons & les Armes, mais elle favoit les intri-gues & les galanteries, & n’ignoroit pas les noms de ceux qui aimoientla peinture ou la musique ; elle nomma au Marquis de Sourdis les ta-bleaux de prix qu’il avoit dans son Cabinet ; elle soutint qu’il y avoitdans la S te. Chapelle une Agathe de grand prix. En un mot, elle ap-prenois aux François ce qu’ils ignoraient de leur patrie.

Apre’s avoir satisfait fa curiosité, elle quitta Paris pour aller à Elle fe rendCompiègne, où étoit la Cour. Elle y fût reçue non-seulement en Reine, à la Cour. Samais en Reine pour qui le Ministre avoit une considération particulière. jTotteluieOn fût.d’abord choqué comme à Paris de ses manières & de son ha- tom. 4 .?^!sifflement, mais on s’y accoutuma ; son esprit fit tout oublier. Mal- 4)7-gré fa fierté & son air de liberté , elle ne manqua à rien de ce quilouvoit être agréable à ceux à qui elle avoit quelque intérêt de plaire,ìlle salua avec distinction Mademoiselle de Mancini que le Roiaimoit.

. Dans une conversation , où l’on parla de la fidélité que l’on devoit aux

' Rois, quelqu’un aïant dit que tous les honnêtes-gens en avoient , ellerépondit, qu’en tous les païs cela étoit vrai, mais qu’elle avoit remar-qué qu’en France ce n’étoit pas un défaut que d’y manquer, & qu’ilétoit commun parmi les personnes de mérite & de qualité.

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