Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

HISTOIRE

idf7-

Motteviìle ,toni, 4. pag.47Î-

Intrigues dela Cour.Motteviìle ,toifi. 4. pag.

4§o.

Z68

puis fous le nom de la Duchesse Mazarin. La qualité d’aînée détermi-na le Prince à s’amuíer à cette jeune personne íì peu aimable , plûtótqu’à sa sœur , parce que , dit Madame de Motteviìle , les personnesde l’âge où étoit alors le Roi, haïssent naturellement les petites filles quiles font trop souvenir de Pétât d’où ils ne font que sortir.

Ceïte préférence fût d’abord peu marquée ; mais dans la fuite ellecausa les plus grands embarras & les plus cruelles inquiétudes. Un au-tre objet , en ce tems-là, attira ses regards. C’étoit une jeune Demoi-selle nommée de la Mothe d’Argencourt, que la Reine avoit depuis peuprise à son service. Elle n’avoit ni une beauté éclatante , ni un esprit extra-ordinaire. Sa peau n’étoit ni fort délicate , ni fort blanche ; mais toute fapersonne étoit aimable. Ses yeux bleus , ses cheveux blonds, ses sour-cils noirs , le brun de son teint faisoient un mélange de douceur & devivacité íì agréable , qu’il étoit dfficile de résilier à ses charmes , &très pardonnable de leur ceder. Elle avoit bon air ; fa taille étoit bel-le , la manière de parler plaisoit, elle danfoit admirablement bien. Cet-te jeune personne ne fût pas plûtót admise avec les deux nièces duCardinal aux divertissemens du Roi , que tout d’un coup il l’aima. Ons’en apperçut , & on en fût extrêmement inquiet ; il ne pouvoit pres-que la quitter. La Reine n’épargna point les réprimandes. Le Cardinalfeignit d’abord de ne pas désapprouver cette inclination naissante ; ilfallut bientôt qu’il changeât de ton. Cette passion en peu de tems de-vint extrême. Le jeune Amant dit à fa Maîtresse , que si elle vouloitPalmer il résisterait à la Reine fa mère & au Cardinal. Elle fût plus sa-ge que lui , ou elle n’ósa tenter une si grande avanture. A force deprières & de représentations on vint à bout d’éteindre ce feu si violent.L’Amant résolut de s’éloigner pour quelques jours ; il gémit , il soupiraen prenant cette résolution , mais enfin il vainquit & alla à Vincennes.Le Cardinal P aida en lui disant , que cette Demoiselle avoit abusé de sessecrets, & qu’elle avoit rapporté tout ce qu’il lui avoit dit à lès amies,& peut-être à quelqu’un de ses Amans , & que par-là elle paroissoit in-digne de ses bonnes grâces. II étoit vrai que cette jeune personne enavoit fait confidence a sa mère , qui craignant le courroux de la Reine& du Cardinal, les en avoit avertis. Enfin comme le Ministre ne vou-loit auprès de son élève ni compagne, ni compagnon , dont il ne fûtpas tout-à-fait sûr, aidé du crédit de la Reine & de la timide docilitédu Roi, Mademoiselle de la Mothe fût envoyée aux filles de Ste. Ma-rie de Chaillot , où depuis elle demeura par son choix.

L’envie qu’avoit le Cardinal d être seul maître de l’esprit de son Sou-verain , ne se bornoit pas à lui ôter une maîtresse. II en uioit de mê-me à l’égard de tous ceux à qui il paroissoit s’attacher. La Porte , àqui la Reine avoit fait donner la Charge de prémier Valet de chambredu Roi , pour le récompenser de sa fidélité pour son service , & despersécutions que cette fidélité lui avoit attirées de la part du Cardinalde Richelieu , avoit été obligé de s’en défaire 1’année* précédente, par-ce

i