DE LOUIS XIV. LIV. XXV. 75
Ces réflexions déterminèrent à laisser fans réponse le Bref du Pape& la Lettre de son Neveu. On remit aux Ambassadeurs un Mémoire in-finiment capable de confondre & de mortifier la Cour de Rome. On ydifoit en substance, que le Roi ne vouloit rien écouter que par la voiede son Ambassadeur ; que jusqu’à ce qu’il fût satisfait, il n’auroit aucuncommerce avec Rome, & ne souffrirait ni recevrait personne de fapart ; qu’il étoit suffisamment instruit ; que sans entrer dans mille discus-sions inutiles, il y avoit des faits incontestables, qui n’appuïoient quetrop la justice de son procédé; que l’Ambassadeur & l’Ambassadriceavoient été assassinés dans Rome ; qu’011 s’étoit saisi des avenues de leurPalais ; qu’on avoit laisser évader les assassins, qu’on n’avoit fait aucunediligence pour les reprendre ; qu’en deux mois de tems on n’avoit paspuni un seul des coupables.
Pour faire encore mieux connoître , ajoutoit-on, les véritablessenti mens de ceux, qui ont aujourd’hui l’autorité dans Rome, touchantl’assaísinat de PAmbassadeur, s’il leur a déplu , ou non , s’ils y ont trem-pé auparavant, ou connivé après le coup fait, il ne faut que savoir cedont toute la Ville rend un témoignage public; combien, & avec quelstermes d’ostentation & de complaisance de soi-même, on s’est glorifiéau Palais & chez le Gouverneur d’avoir sû si avantageusement réparerl’ignominie de l’accommodement, qu’on fût forcé de faire il y a quelquesannées avec le Cardinal d’Est; d’avoir chassé avec honte PAmbassadeurd’un grand Roi ; d’avoir atterré & fait cacher tout ce qui lui vouloit ad-hérer ; d’avoir montré qu’on fait, quand on le veut, être le maître ; &d’avoir enfin, par la mortification & l’abaissement de la plus pétulanteNation, immortalisé & élevé la gloire de ce Pontificat au-dessus de cellede tous les plus glorieux prédécesseurs de fa Sainteté.
Ce Mémoire rendu public à Rome, démentit les bruits qu’on yavoit répandus, de la satisfaction avec laquelle la Lettre & le Bref avoientété reçus en France, malgré les mouvemens , que le Duc de Créqui s’é-toit donnés pour les faire rejetter. On publia aussi la réponse du RoiCatholique; elle étoit des plus favorables.
Ce Prince assurait, qu’il avoit infiniment détesté faction des Corses ;qifil loûoit le ressentiment qu’on témoignoit ; qu’il convenoit, qu’il étoitjuste que les réparations fussent proportionnées à la grandeur de l’offence.Que seulement, en qualité de Roi plus âgé, il réprésentoit s’il ne feraitpas à propos de modérer pendant quelque tems son juste ressentiment,.pour donner plus de loisir à la Cour de Rome de se mettre à la raison,rendre ce respect au Père commun , & justifier encore d'avantage les ré-solutions qu’il y aurait à prendre dans la fuite. II ajoutoit, qu’il ne don-nerait pas ce conseil s’il s’agissoit d’un différend avec PEmpereur, ou leRoi d’Angleterre ; qu’au contraire il exciterait à tirer la plus prompte répa-ration qu’il ferait possible, & que, si la Cour de Rome manquoit à don-ner une satisfaction convenable, il se joindrait pour la contraindre partoutes sortes de voies à la faire. Cette réponse gracieuse fût accompa-
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102 .
L’Espagneprend le par-ti de la Fran-
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